Le Monde et l'Elysée...

Publié le par LCR 06 OUEST

Il est des sujets à propos desquels la direction du Monde s’engage sans réserve. Ainsi, dans sa livraison du 22 juillet, vient-elle une nouvelle fois de condamner le refus des parlementaires de gauche de dire amen au nouveau coup de force sarkozyen, consistant à retailler la Constitution à sa main. « La gauche a eu tort de transformer le vote de lundi en scrutin pour ou contre Nicolas Sarkozy, écrit-elle dans son édito, au lieu de se prononcer pour la Constitution – pour sa modernisation, si imparfaite que fût le projet qui lui était soumis. »


Marina Petrella n’aura pas eu la chance de bénéficier d’une semblable posture symbolique. Certes, les journalistes du quotidien vespéral se sont-ils montrés parfaitement dignes de la charte déontologique de la profession, en révélant par exemple le syndrome dépressif qui affecte l’ancienne brigadiste italienne et pourrait la conduire à la mort. Mais on chercherait en vain trace d’une position plus officielle. Pire, le « cas Petrella » s’est vu renvoyé à la rubrique « Débats ». Un « pour » l’extradition, un « contre », dans l’édition du 19 juillet : ce ne sera pas encore sur cette question que notre quotidien-institution français se risquera à la confrontation avec l’Élysée.


Encore convient-il de relever la sélection des protagonistes. D’un côté, favorable à ce que « la justice suive son cours, extraditions comprises », on aura donné la parole à un politique, ex-membre des Démocrates de gauche, dont l’objectif est manifestement d’expliquer que « Sarkozy se retrouve plus proche de la gauche italienne que ne l’est une bonne partie de la gauche française », et qui ose prétendre que « les lois antiterroristes adoptées au plus fort de l’offensive terroriste […] n’étaient pas de nature à remettre en cause les principes fondamentaux du système judiciaire ». Amnesty International appréciera qui, en 2005, stigmatisait des dispositions « qui violent le droit international et les normes internationales en vigueur en termes de droits humains ». De l’autre, on fait s’exprimer l’ex-président de la Fédération protestante qui, fonction oblige, en reste à une démarche humanitaire, n’étant pas à même de contre-argumenter efficacement sur le terrain du droit et de la politique. À travers cette normalisation insidieuse de notre débat public et des grands médias, le sarko-berlusconisme se dévoile…

 
Christian Picquet

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