NPA et laïcité, une contribution du 13...

Publié le par LCR 06 OUEST

Texte de contribution écrit par Gérard du Comité NPA 13


contribution sur la laïcité


Fonder un nouveau parti politique sur des bases anticapitalistes est une nécessité et une urgence incontournables pour donner enfin corps à une perspective politique qui offre une issue véritable aux difficultés grandissantes auxquelles est confronté le plus grand nombre. Le rouleau compresseur de la régression sociale et sociétale conduit conjointement par l’ensemble de la droite et le Medef est en train de « karchériser » nos acquis sociaux ainsi que les fondamentaux de solidarité, de liberté et d’égalité portés par les grands mouvements politiques et sociaux de notre Histoire.
Il aggrave comme jamais les inégalités sociales et les souffrances au quotidien : il piétine et il broie au nom d’une logique financière de classe mais aussi d’une démarche idéologique revancharde en réhabilitant les privilèges, une véritable « nuit du 4 août » à l’envers.
Dans le même temps, aucun positionnement ni contre-attaque qui soit à la hauteur des enjeux de la part de la gauche institutionnelle.
Pire, le PS vient d’officialiser dans un document son orientation sociale libérale, l’acceptation de la logique capitaliste.
Il existe dans ce pays une forte attente d’une nouvelle espérance politique qui ne soit pas un gadget et qui, tout en redonnant le goût du débat citoyen et démocratique, affiche une rupture de gauche décomplexée.
Les éléments premiers constitutifs d’un tel parti renvoient donc aux principes à poser et aux orientations à mettre en œuvre dans les domaines économique et social.


Cependant, fonder un nouveau parti c’est aussi poser avec force et détermination les bases et les principes sur une vision sociétale de progrès de l’ensemble de la société dont l’un des domaines est abordé ci-après.


Le principe de laïcité au sein d’une république sociale et progressiste


Contexte historico-politico-social dans son évolution synthétisée : 


1-
jusqu’en 1789, confusion volontaire et/ou alliance « fusionnelle » du pouvoir temporel (royauté) et du pouvoir spirituel (église chrétienne/religion catholique) et ses effets négatifs, de fait démultipliés, quant à la liberté d’expression politique, philosophique et scientifique (blocage de tout progrès, inquisition. . .) et au maintien du peuple dans l’ignorance et la misère économique et sociale.
Une prédominance décisive du religieux sur le politique : les rois étaient des « monarques de droit divin » (cérémonie du sacre par les hauts dignitaires de l’Église).
Plus qu’une prédominance même, cette fusion est la caractéristique du pouvoir politique du religieux.


2-
les décennies qui ont précédé 1789 ont vu, dans un milieu relativement fermé, le développement et l’expression d’idées pré révolutionnaires qui ont contribué à nommer ultérieurement cette période « Siècle des Lumières », par opposition à l’obscurantisme politico-religieux en vigueur et parce que basées sur la « Raison ».
Même si la notion de laïcité était encore loin d’être conçue et si les philosophes du siècle des Lumières ne rejetaient pas forcément la religion hors de la sphère temporelle (à part peut-être Diderot) pensant que le peuple en aurait toujours besoin (... !), on peut considérer que le principe fondamental de « séparation des pouvoirs » législatif, exécutif et judiciaire au sein même du pouvoir temporel (politique) constituait quelque part l’assise de la séparation future entre ce pouvoir politique et le pouvoir spirituel (les religions et leurs églises).


3-
entre la rupture révolutionnaire de 1789 et la promulgation de la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat et l’abrogation du Concordat, la route a été longue et chaotique, avec ses avancées et ses reculs : de la laïcisation de l’état civil en 1792 avec cependant le maintien du poids religieux, au statut à nouveau de religion d’Etat pour la religion catholique pendant la Restauration (Louis XVIII), de l’adossement du pouvoir napoléonien à la religion catholique par la création du « service public des cultes » (religieux rémunérés par l’Etat !) à la reprise de la laïcisation de la vie publique (1879-1884) par la suppression des prières publiques, la suppression du serment religieux devant les tribunaux, la laïcité de l’enseignement primaire obligatoire, la suppression des prières publiques officielles à l’ouverture de chaque session parlementaire.


4-
pour internationaliser le propos par rapport à l’emprise complice du religieux sur le temporel, ne pas oublier que la religion a été un outil de premier plan de la colonisation, dont notamment la fameuse période pudiquement baptisée « Les Grandes Découvertes », pour la répression et l’aliénation des peuples autochtones qui ont aboutit, pour certains, à leur extinction.
Plus qu’une prédominance même, c’est la caractéristique du « religieux politique ou temporel ». (ici le christianisme politique par le biais du catholicisme).
A noter cependant qu’il ne suffit pas d’être républicain et laïc pour être forcément internationaliste et anticolonialiste.
De ce point de vue le cas symbolique de Jules Ferry est très illustratif : initiateur de l’école républicaine, laïque, gratuite et obligatoire, anticlérical mais refusant la rupture du Concordat avec l’Église de France s’opposant en cela aux radicaux de l’époque, il a été aussi un initiateur de l’esprit et de l’action colonialiste (protectorat tunisien, occupation de Madagascar, conquête du Tonkin), à rapprocher à distance historique et pour mémoire des options colonialistes de la SFIO. On ne saurait pour autant négliger le rôle déterminant de son action pour la laïcité.


5-
il ne suffit pas non plus d’être républicain et laïc pour avoir une vision sociale, démocratique et anticapitaliste de la société : mais ne pas avoir un positionnement radical d’opposition à l’emprise directe ou sournoise du religieux, ou plus globalement du spirituel, sur la « société civile » c’est à coup sûr laisser plus de place à la régression à la fois sociale, intellectuelle et sociétale.
Ce n’est pas un hasard si c’est aujourd’hui, sous l’impulsion de Sarkosy, le choix de la droite qui, par intérêt de classe qui consiste à accélérer la régression sociale et sociétale, n’hésite pas à redonner sous différentes formes, une sorte de primauté à la religion en lui assurant ainsi une facilitation pour un retour en force au cœur du temporel avec notamment le discours de Ryad, la primauté publiquement exprimée du curé sur l’instituteur, ses propos et sa posture vis-à-vis du Vatican lors de son déplacement à Rome (discours de Latran), ses ballons d’essai sur le toilettage de la loi de 1905 ou « sa mise entre parenthèses pour 20 ans » ! ou les propos d’une conseillère très proche du Président sur les sectes et notamment la scientologie etc.
A noter par ailleurs d’autres indices forts de ce glissement au plan international ou en France :
le TCE inscrivait dans le marbre et donc pour notre avenir, la filiation chrétienne de l’Europe avec tout ce que cela impliquait en terme de société et de « morale », le traité simplifié reprenant sous une forme à peine édulcorée ce fondement (rien à voir avec un simple constat historique qui au demeurant n’aurait strictement rien à faire dans un texte constitutionnel : il s’agit d’un vrai retour du religieux au cœur du temporel).
aux USA l’accès au pouvoir des néo conservateurs a accéléré l’influence nocive des fondamentalistes religieux et évangélistes et ce n’est pas un hasard si la société américaine qui n’a jamais été, certes, un modèle social, solidaire et internationaliste, a vu cette période « buschiste » considérée comme la plus réactionnaire, la plus antisociale, la plus rétrograde au plan sociétal et la plus contestée par les peuples du monde, et ce n’est pas un hasard si l’Europe ultra capitaliste que l’on veut nous imposer est basée sur les mêmes considérants.
Même si l’intégrisme musulman semble être le plus actif, une montée de tous les intégrismes religieux et/ou sectaires est effective de par le monde (Cf cette « belle » unanimité de tous ces intégrismes contre les caricatures et in fine contre la liberté d’expression. . .)
Des exemples nationaux de ce glissement au « quotidien » : financement et inauguration par le conseil municipal d’une ville de Bretagne d’une statue de Jean-Paul II dont on connaît les positionnements sur la contraception, sur le Sida, l’homosexualité etc.., le port ostentatoire de tout signe religieux dans les établissements scolaires (voile ou autre), la présence d’élus municipaux en habit ou élément vestimentaire religieux (soutane pour un curé, voile pour une musulmane), l’organisation de rencontres sportives féminines avec interdiction d’accès à la salle aux hommes, l’annulation d’un mariage pour cause de mensonge sur la virginité de l’épouse ; nomination au statut de Citoyen d’Honneur de la Ville de Paris du DalaïLama etc….


Ce serait donc une erreur politique de rester flou ou muet sur un domaine aussi important : nous devons intégrer toutes les dimensions de la notion de laïcité, ce sera une facilitation et un point d’appui en regard de nos objectifs de transformation sociale et économique et de libération des consciences visant la construction d’une société solidaire et non discriminante et où la liberté d’expression et le droit de critique doivent être absolument préservés y compris à l’égard des religions.


6-
la loi de 1905 a donc été un acte fondamental et déterminant quant à la séparation des Eglises et de l’Etat avec des effets importants dans la vie publique (écoles, administrations, corps constitués etc.).
Toutes les religions sont reconnues au sens du droit et de la liberté de croire et de pratiquer tout autant que cela relève de la sphère privée.
Les effets de cette loi doivent être totalement maintenus dans tous les domaines et s’appliquer à l’égard de toutes les religions sans exception, au regard du danger constitué par cette remontée en puissance de l’influence religieuse sur le temporel.
La laïcité est le seul moyen efficace pour lutter contre toutes les formes de communautarisme et d’intégrisme religieux qui constituent un grave danger de division non seulement pour la République « une et indivisible » mais aussi pour l’atteinte de nos objectifs de transformation sociale et sociétale de la société (ex : égalité hommes/femmes).
L’obscurantisme religieux ne doit pas s’immiscer dans ni influencer le domaine temporel.
Comme on l’a vu dans l’alinéa précédent, l’Etat, débarrassé de cette domination religieuse, n’est pas pour autant une institution en soi « fréquentable » : mais cela relève d’une autre discussion, celle sur la démocratie et l’Etat, quelles modalités démocratiques pour les institutions politiques et civiles, comment le peuple doit garder la main, quelles évolutions etc..
Il ne faut pas effectivement que la notion de « Raison » qui a prévalu au siècle des Lumières se traduise, comme cela s’est passé et se passe encore bien des fois, en « Raison d’Etat ».
Par contre, ce qui est ici visé, c’est le rôle aggravant du « religieux » dans sa prétention temporelle ou politique.


Au regard de ces différents rappels, non exhaustifs, le NPA doit impérativement affirmer :


1-
que le principe de laïcité est à défendre conformément à la loi de 1905 tout en s’inscrivant dans le cadre d’une république sociale, progressiste et soutenant les luttes d’émancipation des peuples


2-
que le principe de laïcité ne peut en aucun cas conduire à une préférence ou un soutien religieux quel qu’il soit et sous quelque manière que ce soit


3-
que le principe de laïcité ne peut en aucun cas conduire à un financement public de la pratique religieuse au détriment des services publics notamment de l’enseignement.


Voir annotations ci-après :

 
concernant la rémunération de ceux qui officient, la loi d’août 1906 a créé le denier du culte abondé par les croyants.
A maintenir pour toutes les religions. (Voir si maintien de la déduction fiscale : utilité publique ??) 
 

concernant l’entretien et la conservation des lieux de culte. A ce jour, (cf loi du 13-04-1908 qui a modifié la loi initiale de 1905), les communes sont autorisées à assumer cette charge, ces lieux étant propriété d’Etat.
En aucun cas cette loi ne parle d’obligation d’entretien ni de construction de lieux de culte. 
 

concernant l’enseignement :
nonobstant l’augmentation nécessaire du budget public de l’enseignement, voir si opportunité de maintenir sous toutes ses formes l’aide publique à l’enseignement privé.


4-
que le principe de laïcité exclut tout empiètement religieux sous quelque forme que ce soit et quelle que soit la religion sur l’ensemble des institutions civiles et politiques (école, administration, hôpitaux, assemblées politiques représentatives, etc.)


5-
que le principe de laïcité doit être partout internationalement soutenu dès lors qu’il a été adopté par le pays concerné et qu’il semble être mis en difficulté (ex : la Turquie *) et bénéficier d’une véritable prise en charge internationale en terme de développement idéologique au même titre que la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.


*Rappelons à ce propos la décision de la Cour Constitutionnelle de Turquie qui a annulé la décision du Parlement turc d’autoriser le port du voile à l’Université. Position à soutenir.


Gérard, Juin 2008.

Publié dans nouveau parti

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