En marge des JO de Pékin...

Publié le par LCR 06 OUEST

Sichuan:
les familles de victimes demandent toujours justice...



Pierre Haski, Rue 89





(De Pékin) En pleine période olympique, cette photo bouleversante diffusée sur le web chinois, constitue un brutal rappel à la réalité d’une bonne partie de la Chine, loin de la façade trop parfaite des Jeux dans la capitale. Ces parents d’enfants morts pendant le violent séisme de mai dernier dans la province du Sichuan, participaient vendredi à une cérémonie de remise des diplômes posthumes sur les restes de l’école.


Depuis
le tremblement de terre, qui a fait quelque 70000 victimes, un bras de fer feutré se déroule autour de la mémoire de ces milliers d’enfants qui ont été ensevelis sous leurs écoles mal construites - l’"architecture tofu", disent les Chinois.


Les autorités tentent d’étouffer les protestations et les demandes de justice de la part des parents qui ont souvent perdu leur enfant unique. Les autorités proposent aux familles d’enfants morts une compensation financière de 60000 yuans (environ 6000 euros), à condition qu’ils signent un engagement à ne plus soulever de questions publiquement. Beaucoup de familles, qui ont tout perdu dans le séisme, acceptent, résignées.


A la veille de l’ouverture des Jeux de Pékin, un instituteur qui avait posté sur Internet les photos de son école détruite, a été envoyé pour un an en camp de "rééducation par le travail", une mesure administrative qui peut être imposée par un cadre local, c’est-à-dire, dans ce cas, par l’une des personnes mises en cause dans la construction inadaptée des écoles, sans doute pour cause de corruption.


Lorsque cette photo a circulé sur le web, elle a reçu de nombreux commentaires d’Internautes chinois en colère. L’un d’eux souligne qu’il regarde en même temps les JO à la télévision, et écrit avec une ironie amère:

"Lors de la mi-temps du match de volley entre la Chine et Cuba, une musique se fait en entendre, nommée ‘Le socialisme est génial’ ».

"Enculés, ça ne vous fait pas mal d’avoir construit un village olympique qui coûte plusieurs centaines de millions de yuans ?"

"Tous les imbéciles qui ont pleuré pendant la cérémonie d’ouverture, venez voir cette photo."

"C’est encore plus triste quand tout le monde fait la fête."

 

Au même moment, le gouvernement chinois vient d’adopter le budget destiné à la reconstruction des zones sinistrées du Sichuan : il est colossal, 145 milliards de dollars, qui seront dépensés au cours des trois prochaines années. Cette annonce est accompagnée d’un éditorial du China daily, le quotidien officiel anglophone destiné à la communauté étrangère, qui met en garde contre la manière de dépenser cette somme :

"Des mesures draconiennes devraient être prises et mises en oeuvre pour assurer une supervision stricte et la transparence sur la manière dont ces fonds seront utilisés, pour quels projets, et qui en aura la responsabilité. Aucun officiel ne doit avoir de pouvoir absolu sur les projets de construction.

"Ce sont les conditions préalables pour empêcher les officiels d’abuser de leur pouvoir, de recevoir des pots de vin ou de peser sur les choix des promoteurs immobiliers qui pourraient récupérer tel ou tel projet".

 

Des paroles fortes et qui répondent assurément à l’attente de la population, mais qui seraient plus crédibles, si, au même moment, le gouvernement ne faisait pas autant d’efforts pour empêcher que soit trouvée la vérité sur les constructions d’écoles et que justice soit rendue aux familles qui ont perdu leurs enfants. Il suffit d’une photo sur Internet pour montrer la distance entre un éditorial dans un journal officiel, et ce que vivent de nombreux Chinois dans leur quotidien.

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