Un entretien avec Florence Joshua...

Publié le par LCR 06 OUEST

"La LCR attire des couches populaires,
avec une part importante de personnes en contrat précaire"

 

Entretien avec Florence Johsua, doctorante au Centre de recherches politiques de sciences po (Cevipof).
Publié dans le journal Le Monde du 24 aout...


Dans une étude publiée en décembre 2007, vous souligniez que la percée électorale d’Olivier Besancenot à la présidentielle de 2002 s’était traduite par un changement de profil des nouvelles recrues de la LCR. Cette tendance s’est-elle confirmée après 2007 ?


Le visage militant de la LCR s’est profondément modifié depuis 2002. La frange la plus importante des adhérents est désormais composée de "primo-militants", c’est-à-dire de personnes n’ayant jamais fait de politique. Ce rajeunissement s’est poursuivi après la présidentielle de 2007. La LCR a désormais une pyramide des âges inversée par rapport aux partis comme le PCF ou le PS : près d’un quart de ses militants ont moins de 30 ans et la moitié moins de 40 ans.


Sa composition sociale a aussi profondément changé. La LCR attire des couches plus populaires qu’auparavant, avec une part importante de personnes en contrat précaire (CDD, intérim ou en stage). La catégorie qui a explosé est celle des employés, qui compte désormais pour 25 % des effectifs - quasiment autant que les professeurs (28 %). Ce "tournant employé", comme je l’ai nommé, s’est accentué depuis deux ans. le parti attire les jeunes actifs déclassés, ces catégories populaires qu’on retrouve dans les études d’opinion favorables à Olivier Besancenot.


Quel est le profil politique de ces nouveaux militants ?


C’est une population révoltée, rejetant violemment la société dans laquelle ils vivent. Leur préoccupation première, c’est la justice sociale. Dans leur discours revient la volonté que tout le monde ait à manger, puisse se loger... Des revendications concrètes, à court terme.


C’est la gauche ouvrière. Ils ne viennent pas vers la LCR ou aux comités pour un nouveau parti anticapitaliste en attente du Grand Soir, mais pour changer le système le plus vite possible. Leur horizon de militantisme est assez court. Ces jeunes recrues n’ont aucune formation ni culture politique. Ils débarquent avec leur révolte brute.


Que veulent-ils ?


Ils ont des attentes extrêmement fortes d’efficacité immédiate. Le parti doit tout pouvoir prendre en charge et intervenir sur tous les terrains. Il est à la fois syndicat, association et parti politique.


Pour ces militants, la gauche, c’est eux. Ils haïssent le Parti socialiste, accusé de ne plus être de gauche ; quant au PCF ou aux Verts, ils ne font pas partie de leur champ de vision. S’ils se tournent vers la LCR, c’est qu’elle est la seule organisation qui défende une rupture radicale, qui ait une identité révoltée, à leur image.


Ces nouveaux militants sont impatients et veulent être sur tous les fronts. C’est un défi pour la LCR, qui va devoir trouver un mode de fonctionnement et un langage adaptés à ce public.


Propos recueillis par Sylvia Zappi.

Publié dans divers

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