Le NPA se prépare à décoller !

Publié le par LCR 06 OUEST


Entre bains de mer et formations trotskystes,
le NPA se prépare à décoller !

 

Article publié sur http://www.mediapart.fr  par Stéphane Alliès.


Elle a la voix toute chevrotante, Monique. Mégaphone en main, cette institutrice de 57 ans a les genoux qui tremblent, mais l’envie d’agir chevillée au corps. Elle se lance à l’heure de l’apéro, devant le bar du "village-vacances" des Carrats. Face aux nombreux militants de la LCR et/ou du nouveau parti anticapitaliste réunis en université d’été à Port-Leucate (Aude), elle prend la parole pour les inviter à signer une pétition qui lui tient à cœur, en solidarité avec deux vendeurs de tissus du marché Saint-Pierre (Paris, 18e) injustement licenciés. À l’issue de son intervention, elle sera applaudie et une table sera dressée à côté du bar, où viendront signer de nombreux « copains » (on ne dit pas « camarade » à la Ligue).

 


Quelques heures auparavant, elle avait répété son texte à l’atelier « prise de parole en public et construction de tracts ». Et avait cherché à « vaincre sa trouille ». « Dites-moi si ce n’est pas bien, car je veux vraiment le faire, je leur ai promis »... Monique fait partie « de ces gens qui vont de réunion en réunion et qui s’écrasent, alors j’essaie d’apprendre le courage », mais elle ne sait pas encore si elle rejoindra le parti lancé par Olivier Besancenot.


L’animateur de l’atelier, Joël Le Jeannic, est un vieux de la vieille de la LCR, « ancien de la CGT Air France et entré à 15 ans à la Ligue, en 68 ». Il n’anime cet atelier que pour la deuxième année, mais il a déjà conscience des enjeux pour son organisation. « On sent une volonté de prises de parole, mais il faut l’accompagner et l’encourager. Cela peut servir à casser les mythes et dépasser la seule fascination des discours de Besancenot. Mais pour aider les couches populaires à prendre la parole, et donc le pouvoir, il faudrait aussi qu’on convoque tous les "anciens" et les vieux politisés à faire des stages de remise en cause... »


En attendant de s’effacer, peut-être, "les anciens" et leurs fondamentaux ont été à l’honneur, au programme de cette dernière université d’été de l’histoire de la Ligue communiste révolutionnaire...


Cycle de conférences

 


Pour la dernière conférence de son cycle « Le parti dans l’histoire du mouvement ouvrier », Daniel Bensaïd, figure intellectuelle de la Ligue, cause « Centrisme, entrisme et parti ouvrier de masse » à plus d’une centaine de militants réunis sous un chapiteau écrasé par la chaleur audoise. Ambiance Les bronzés font du Trotsky. Distribution de plans détaillés, pédagogie autour des sigles (« Alors, le Poum, c’est... »), citations et explications de texte...


L’assistance est plutôt jeune et très studieuse, intéressée par les parallèles historiques incessants du philosophe. Après coup, il explique : « Il y a une demande qui fait sens chez les jeunes, une volonté de se construire une perspective politique. Encore faut-il ne pas leur faire peur. Il faut mettre les lectures à l’épreuve du temps présent. C’est le choix que nous avons fait pour ces formations : donner une grande place au retour critique sur des grands classiques. Ensuite, tout dépend comment on en parle. Par exemple, je raconte le Capital de Marx comme un roman policier... »


Au cours de son intervention sur l’entrisme, Bensaïd lancera comme un aveu : « On va le connaître dans le NPA. Plus notre parti sera charnu, plus la tentation de la tique qui s’accroche sera grande. Et on va être emmerdé, car cela peut entraîner le départ de nouveaux militants. »


François Sabado, autre intellectuel organique de la bientôt défunte LCR, ne veut pas y penser et se félicite « de la "poussée marxiste", même si c’est un grand mot, ressentie dans les allées de Port-Leucate. Il y avait une affluence dingue lors de mon cycle sur la IVe Internationale, avec des gens très intéressés. En même temps, cela fait déjà trois ans qu’on a réfléchi et fait évoluer notre rhétorique. C’est bien, car au moment où on s’ouvre enfin, c’est tout de même utile de rappeler d’où l’on vient et qui l’on est ».


Alain Krivine, ex-leader devenu vieux matou matois, ne pense lui qu’à l’avenir. Et estime que « la formation n’est plus un dogme qu’on apprendrait. Désormais, on actualise juste les bases essentielles. Franchement, les mots, je m’en tape complètement. Le trotskysme, c’est un moment précis et un certain nombre de valeurs. Disons qu’on en conserve quelques-unes mais qu’on en abandonne beaucoup ».


Interpellé par des gens ayant fait la campagne de José Bové à la dernière présidentielle, il s’emporte même un peu : « Ils n’arrêtent pas de nous dire : "Ouvrez ! Ouvrez ! Et maintenant qu’on ouvre, ils hésitent à venir. » Pourtant, certains rapprochements sont à l’œuvre...


"L’afflux d’anciens du PC"

 


À l’origine, le processus de construction du NPA était basé sur un « recrutement par en bas », éloigné des discussions d’appareils antilibéraux qui s’étaient fracassées sur une candidature commune insoluble, lors de la dernière présidentielle. Cette dynamique impulsée (la LCR annonce autour de 10.000 adhérents potentiels, soit entre deux et trois fois son effectif actuel, et le village vacances est pour la première fois complet – soit 1350 inscrits), il ne semble pas interdit de reprendre quelques discussions.


D’abord avec des individus, qui devraient sauter le pas, comme l’apparentée communiste Clémentine Autain, l’intellectuel altermondialiste Raoul-Marc Jennar ou le sociologue Luc Boltanski. « Mais ce qui me frappe le plus, c’est l’afflux d’anciens militants du PC, note Krivine. Jamais en groupe, toujours solitaires. Ils ont été une quinzaine à raconter leurs histoires personnelles lors de "l’atelier communisme", c’était assez touchant. Sincèrement, je ne pensais pas en voir si tôt chez nous... »


La minorité de Lutte ouvrière, en cours d’exclusion à LO, devrait aussi rejoindre le mouvement. Et Denis Sieffert, directeur de l’hebdomadaire Politis qui a lancé un appel à l’union des antilibéraux, a lancé lors d’un débat avec Bensaïd : « Le NPA est nécessaire et nous souhaitons que vous réussissiez. »


On ne se cache pas non plus d’espérer une arrivée future des militants altermondialistes déçus par le récent ralliement de José Bové à une liste commune avec Daniel Cohn-Bendit et des proches de Nicolas Hulot, en vue des futures élections européennes. Dans la même veine, Bensaïd reconnaît que « l’année 2009 sera sans doute intéressante en termes de recomposition militante, après les congrès du PS, du PC et des Verts ».


Pierre-François Grond, membre de la direction de la LCR, tempère lui l’enthousiasme : « L’espace politique nous est de plus en plus ouvert et tous ces glissements droitiers pourraient être un boulevard. Mais c’est aussi révélateur d’une faiblesse de la gauche dont on risque de payer le prix socialement. »


De son côté, François Sabado note « un changement d’état d’esprit » chez les siens : « Avant, quand on était condamné à être minoritaire, on faisait de la politique par procuration en s’adressant aux partenaires et en essayant d’infléchir leurs lignes. Désormais, on agit et on est maître de notre initiative. »


Alors, sans attendre, la direction provisoire du NPA (une soixantaine de personnes, équitablement divisée entre "Ligue" et "non-Ligue") prépare sa rentrée sociale et les quatre mois qui arrivent avant la création officielle du nouveau parti, lors d’un congrès de fondation, prévu le troisième week-end de janvier.


Un nom, un programme...

 


Mine de rien, le NPA entre dans la dernière ligne droite de sa création, et l’agenda s’affine. Mise en place d’une carte de membre fondateur (au prorata des revenus, sept niveaux de cotisations entre 10 et 100 euros, adhésions arrêtées au 31 décembre en vue du congrès), rencontres nationales de salariés et de chômeurs (27 et 28 septembre), réunions de travail sous forme d’assises (6 et 7 novembre), dissolution de la Ligue (par un vote, prévu une quinzaine de jours avant la création du NPA)...


Quant au nom, les premières propositions n’ont apparemment pas été satisfaisantes. Et certains commencent à se dire que NPA n’est pas si mal que cela. « Toute la presse lui fait de la pub depuis six mois, c’est en train de rentrer dans les têtes. Perso, je ne suis pas très pour se définir comme anti, mais il y en a beaucoup pour qui justement c’est un point positif », explique Krivine.


Les premiers textes programmatiques commencent à se dessiner. Dès septembre, « des navettes de discussions vont se mettre en place, en tenant vraiment compte des amendements, explique Frédéric Boras, l’un des dirigeants de la LCR. On dégagera les désaccords s’il y en a, et on les tranchera par vote au moment du congrès ». Selon lui, il y a encore un peu de méfiance à l’égard de la Ligue.


Il précise : « Certains ont encore peur du "centralisme bureaucratique", sans savoir que nous l’avons abandonné depuis longtemps. Mais on ne veut pas non plus d’un truc anarchoïde. Les gens ont envie d’unité, mais veulent aussi contrôler le processus. On ne va pas repartir d’entrée avec des tendances, mais celles-ci s’exprimeront dans les amendements proposés. » Et de rêver à un « centralisme fédéraliste »...


À la tribune de l’atelier sur « l’actualité du projet socialiste », Olivier Besancenot a délivré quelques pistes de réflexion programmatique « afin que, si on faisait cette foutue révolution, celle-ci ne soit pas volée comme les autres par la bourgeoisie ou le totalitarisme ». Et d’évoquer « une démocratie socialiste ne reposant pas sur l’étatisation, mais sur des assemblées locales révocables, des communes libres, des AG souveraines d’entreprises ». Besancenot a également appelé « à se reposer la question de la planification, comme garantie de l’égalité sociale et comme outil de croissance socialement et écologiquement utile ».


Au fait, et "L’Internationale" ?

 


Enfin, les mobilisations pourraient prendre d’autres formes que les manifestations et autres diffusions de tract. Leïla Chabi, membre du collectif Jeudi noir pour le logement, et entrée en juin au comité de pilotage du NPA, y tient particulièrement. « Notre parti doit s’imprégner des nouvelles formes de mobilisation. Une campagne, ce n’est pas que des affiches. Il faut savoir être plus réactif et imaginatif face à l’actualité. » Elle cite en exemple des actions type "courses gratuites dans les supermarchés" et annonce que le parti « devra être présent sur le texte de loi de Christine Boutin sur le logement ».


Si elle en rajoute sur son « rien à foutre de Trotsky » et son rejet « des débats de terminologie marxiste-léniniste », elle concède s’être « régalée » en suivant le cycle de conférences de Daniel Bensaïd. « Il y a encore trois mois, je n’aurais pas imaginé me rendre à Port-Leucate. J’étais la première à dire : "On s’en fout de tout ça". En fait, je n’y connaissais rien en histoire politique et j’en profite pour me cultiver... »


Lors du meeting d’ouverture de l’université d’été, elle était au côté de Besancenot à la tribune, comptant parmi les trois intervenants. Et elle raconte sa gêne lors de sa conclusion, au moment de chanter l’Internationale. « Je ne voulais pas faire du mimétisme et lever le poing alors que c’est plutôt quelque chose que je chante quand j’ai trop bu. »


La chantera-t-on toujours, une fois le NPA officiellement créé ? Elle n’y est pas hostile. « Il faudra qu’on en discute avant, qu’on nous l’explique et, si on nous convainc, pourquoi pas... »

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