Salaire et profit...

Publié le par LCR 06 OUEST

En début de semaine, en ouverture de sa session extraordinaire, l’Assemblée nationale a discuté du projet de loi « en faveur des revenus du travail », sur l'intéressement et la participation, présenté par le ministre du Travail, Xavier Bertrand. Il se propose de doubler en quatre ans les sommes distribuées au titre de l'intéressement avec, bien sûr, une contrepartie pour les patrons, un crédit d'impôt de 20 %. Le dispositif ne sera obligatoire que dans les entreprises de plus de 50 salariés. Les salariés pourront choisir, chaque année, de percevoir ou non leur participation, alors que celle-ci était jusqu’à présent bloquée pour cinq ans. Les sommes seront soumises à l'impôt sur le revenu.


Au passage, la loi modifie la procédure de fixation du Smic. Il sera désormais établi par une commission « indépendante » d'experts, en fonction de la situation économique… En un mot, selon les seuls intérêts du patronat et de ce qu’il accepte de lâcher. C’est, de fait, le début de sa remise en cause.


Pour tenter de convaincre de ses bonnes intentions, le gouvernement annonce des sanctions contre les patrons qui ne rempliraient pas leur obligation d'ouvrir une négociation annuelle sur les salaires. Le montant de leurs allégements de cotisations patronales serait réduit de 10 % pendant deux ans. Tremblez patrons, le gouvernement brandit la menace de vous faire un peu moins de cadeaux si vous ne faites pas semblant de négocier ! Voilà, le gouvernement a tout dit ! Selon Sarkozy, « c'est la seule façon, avec les heures supplémentaires défiscalisées […] de répondre à la question angoissante du pouvoir d'achat ». Il n’y a rien à ajouter, le bluff du candidat du pouvoir d’achat a fait long feu et cède la place à une première remise en cause du Smic.


Il est évident que ce n’est pas le manque d’argent qui paralyse le patronat et les gros actionnaires, dont Sarkozy met en musique la politique. La crise financière et boursière, qui a connu un nouvel épisode aigu, vient une nouvelle fois le rappeler : le monde croule, étouffe à strictement parler, sous l’argent, les masses de capitaux avides de toujours plus de profits. Et ce n’est pas qu’aux États-Unis et à Wall Street, mais bien à l’échelle de la planète et, en particulier, en Europe et ici.


De l’argent pour spéculer, jouer des milliards sur le mercato des banques ou entreprises en faillite, de l’argent pour renflouer les financiers mis en difficultés par leurs propres frasques, il y en a par milliards. L’État et le Trésor américains ont décidé de dépenser jusqu'à 700 milliards de dollars en deux ans pour racheter les créances et actions douteuses des banques et institutions financières afin de rétablir la confiance. La Banque centrale européenne (BCE) n’est pas en reste. Après avoir offert, sur une seule journée, 30  milliards d'euros pour une opération de refinancement, elle a passé la vitesse supérieure en injectant 70   milliards d'euros dans les circuits bancaires et financiers. Ces milliards s’ajoutent à tous ceux qui ont déjà été injectés depuis le début de la crise des subprimes. Rien ne dit que cela suffira à stabiliser le système, tout laisse plutôt penser l’inverse.


Les marchés financiers, maniaco-dépressifs, sont passés de la déprime à l’enthousiasme, et les Bourses ont connu de fortes hausses. Les gouvernements affichent optimisme et confiance. « Le gros risque systémique qui était craint par les places financières et qui les a amenées à beaucoup baisser au cours des derniers jours est derrière nous », selon la ministre de l’Économie, Christine Lagarde. N’était-ce pas elle qui affirmait, il y a peu : « La crise de l'immobilier et la crise financière ne semblent pas avoir d'effet sur l'économie réelle américaine. » Ou, le 20 août dernier, faisant écho à Sarkozy : « Je pense qu'on a le gros de la crise derrière nous. » Leur bêtise et leur aveuglement n’ont d’égal que leur arrogance.


C’est la même Christine Lagarde qui voit des mouvements « plutôt favorables à notre économie » et tente de rassurer : « J'observe que, depuis début juillet, le pétrole a perdu 30% et que le prix du gazole et de l'essence à la pompe a lui aussi baissé […]. Si ces conditions se poursuivent, on va avoir une inflation qui sera autour de 3%, un peu au-dessus, mais aussi peut-être un peu en dessous. » Les travailleurs, eux, observent que les prix ne cessent d’augmenter, que les salaires stagnent. Même les statistiques officielles le disent. Le ministère de l'Emploi enregistre « une perte de pouvoir d'achat de 0,4 point ». Dans les faits, le recul du pouvoir d’achat est, pour la grande majorité de la population, bien plus important, car les hausses les plus fortes portent sur les produits de première nécessité.


Une telle situation est inacceptable. Patrons et gouvernement espèrent que les inquiétudes provoquées par la crise décourageront les mobilisations. Ils voudraient que les salariés acceptent de se sacrifier pour qu’ils puissent tirer leur épingle du jeu. Ce serait de notre part pur aveuglement que d’accepter de laisser le patronat, les gros actionnaires spéculer avec nos vies. Les laisser faire, c’est laisser se dégrader la situation, c’est préparer le pire. Oui, c’est à eux de payer, pas à nous. 

 

 

 

 


Yvan Lemaitre.

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