"Rouillan embarrasse Besancenot"

Publié le par LCR 06 OUEST


 

Article publié dans le Parisien du 2 octobre, par Eric Hacquemand.


Malaise dans les rangs révolutionnaires. Hier, Olivier Besancenot, le porte-parole de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), a choisi de ne pas commenter l’interview polémique accordée par Jean-Marc Rouillan à « l’Express » à paraître aujourd’hui. Un entretien qui tombe mal pour le facteur de Neuilly-sur-Seine, au sommet des sondages de popularité et poussé par la crise actuelle du capitalisme financier : en ouvrant ses portes à l’ancien cofondateur du groupe terroriste Action directe (AD), le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) que Besancenot tente de fonder a pris le risque de brouiller son image. Un brin perfide, le socialiste Francois Hollande lui a même conseillé de « se débarrasser » de l’ancien leader d’Action directe.


Car Rouillan, condamné à la réclusion à perpétuité pour l’assassinat du PDG de Renault Georges Besse en 1986, n’exprime aucun remord. S’il admet que la lutte armée type années 1970 « n’existe plus », il reste « communiste » et se dit « convaincu qu’elle est nécessaire à un moment du processus révolutionnaire ». Enthousiaste à l’idée de construire le NPA, l’ancien terroriste qui n’en est pas encore officiellement membre assure avoir reçu le feu vert du facteur : « J’ai prévenu Besancenot : Ma présence peut faire du bordel… Il m’a dit que c’était réfléchi et qu’ils étaient d’accord. »


« Il a purgé sa peine »


Hier, dans un communiqué de quelques lignes, la LCR s’est dite « en désaccord » avec les déclarations de l’ancien activiste et dénonce une nouvelle tentative « de criminaliser le Nouveau Parti ». « On a d’autres chats à fouetter avec la crise financière, la Poste qui risque d’être privatisée et les licenciements… » explique Besancenot, joint au téléphone. Au-delà de la polémique, le cas Rouillan renvoie l’extrême gauche et sa principale figure à leurs ambiguïtés sur le bon usage de la lutte armée. Le porte-parole assure que « le but du NPA n’est pas de créer des foyers de guérilla dans toute la France », mais il n’est pas non plus un dirigeant câlin. Ses inspirateurs : Che Guevara évidemment, mais aussi le militant afro-américain Malcom X ou encore le psychiatre antillais Frantz Fanon, tous partisans de la violence révolutionnaire. De Marina Petrella à Cesare Battisti, Besancenot n’a jamais économisé sa peine pour défendre les activistes réfugiés en France après les « années de plomb » en Italie, tout en dénonçant « les groupuscules violents et minoritaires ». Quant à Rouillan lui-même, Besancenot refuse de le considérer comme « un paria ». « Il a purgé sa peine et payé sa dette… Il a donc le droit de s’engager en politique. » Encore faut-il donner une cohérence : entre Clémentine Autain, ex-adjointe de Bertrand Delanoë à Paris, et l’adepte de la lutte armée Rouillan, le NPA fait le grand écart.


Le soutien à l’ancien terroriste fait donc tousser jusque dans l’entourage de Besancenot : « Aller flinguer un mec au petit matin, ça n’a rien à voir avec la lutte armée… » clame un de ses fidèles. Christian Piquet, opposant de la direction, assure que « Rouillan n’a pas sa place dans le NPA car il n’a manifestement pas retenu les errements délirants de son passé ». Quant à la justice, elle rappelle que Rouillan n’a pas le droit d’évoquer publiquement les faits pour lesquels il a été condamné : le parquet de Paris va donc demander la révocation de sa semi-liberté. L’ancien d’Action directe travaille le jour dans une maison d’édition à Marseille et rejoint tous les soirs la prison des Baumettes.

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