"Personne ne propose de prendre les armes" !!!

Publié le par LCR 06 OUEST


 

Par Marie Quenet dans Le Journal du Dimanche du 5 octobre.


L’affaire Rouillan ne fait pas dévier Olivier Besancenot de sa route. Attaqué de toutes parts pour ne pas avoir condamné les propos de l’ex-terroriste d’Action directe, le héraut du NPA ne veut pas se laisser enfermer dans la polémique. Samedi, à Pessac, s’il a rejeté le concept de lutte armée, il a surtout expliqué que les tourments actuels relèvent d’une tentative de déstabilisation.


Terrain glissant, Olivier Besancenot le sait. Mais il ne peut plus vraiment reculer. Interrogé par le JDD sur les propos de Jean-Marc Rouillan, l’ex-membre d’Action Directe et nouvel adhérent au Nouveau parti anticapitaliste (NPA), laissant entendre qu’il ne regrettait pas l’assassinat du PDG de Renault en 1986, le porte-parole de la LCR persiste, donc, et signe. L’indignation de la veuve de Georges Besse ? "Qu’elle règle par la justice ses comptes avec Action Directe. Moi, je n’ai rien contre elle, mais on n’a pas été impliqué dans cette histoire-là, ni à l’époque, ni maintenant."


Samedi, en marge de la fête des collectifs NPA de Gironde réunis à Pessac, près de Bordeaux, Besancenot a martelé sans ciller son discours à deux coups : un, la Ligue a toujours combattu les méthodes d’Action Directe. Deux, lui veut surtout appeler à la mobilisation contre la réincarcération de Rouillan, dont la semi-liberté vient d’être suspendue suite à ses déclarations dans L’Express. "Il a purgé sa peine, il a droit à la réinsertion, estime Olivier Besancenot. La loi ne dit pas qu’on doit demander pardon avant de sortir de prison." Pour le reste, l’affaire Rouillan n’est pas ici le sujet prioritaire. "Tout le monde s’en fout !", balance un postier de Bordeaux, qui préfère discuter Poste avec le facteur trotskiste.


"Visiblement, on dérange"


D’ailleurs, si le jeune révolutionnaire tape sur Sarkozy, évoque la crise économique "qui touche le coeur de la bête", il ne cite pas une fois le nom de Rouillan dans son discours d’une heure. Tout juste y fait-il allusion en concluant : "On marque des points, visiblement on dérange, et toutes les occasions sont bonnes pour tenter de criminaliser le NPA." Une tentative de déstabilisation, donc. Lui se félicite : "Il existe encore une gauche anticapitaliste. C’est peut-être cela qui les emmerde !" Le sujet Rouillan revient sur le tapis lors d’une mini-conférence de presse (dix minutes montre en main, avec une seule et unique question des journalistes). Réponse prudente du leader trotskiste qui sait combien il marche sur des oeufs : l’ancien activiste a sa place au NPA à partir du moment où il renonce à ses actions passées. Or, ajoute-t-il, Jean-Marc Rouillan "a dit qu’il n’appelait pas à la violence, que le cycle des années 1970-1980 était fini". Fermez le ban.


Cette adhésion risque pourtant de nourrir l’ambiguïté quant au positionnement du NPA sur la violence. Christian Picquet, membre du bureau politique de la LCR (tendance minoritaire), proclame que "Rouillan n’a pas sa place au NPA." Clémentine Autain, ancienne adjointe de Bertrand Delanoë, renchérit : "Autant je me battrai contre la réincarcération de Jean-Marc Rouillan, autant il est hors de question que je sois dans le même parti que quelqu’un qui ne semble pas contester la lutte armée comme méthode politique !" Et d’ironiser : "Je me demande parfois si, aux yeux de certains au NPA, il n’est pas plus grave d’avoir participé à un exécutif avec le PS que d’avoir tué des gens..."


"Le NPA n’est pas la vitrine légale d’Action Directe"


L’image du futur NPA est donc menacée d’un sérieux brouillage. "Personne ne propose aujourd’hui de prendre les armes, tente pourtant de désamorcer Besancenot. Le NPA n’est pas la vitrine légale d’Action Directe en voie de reconstitution !" Pour enfoncer le clou, il en appelle enfin à l’icône du Che : "Guevara a expliqué qu’il fallait épuiser jusqu’à bout toutes les solutions légales et démocratiques." "Le grand soir, ce n’est pas forcément la lutte armée." Chaque militant de la Ligue cite des luttes armées jugées légitimes : résistants face au nazisme, guérillas contre les dictatures d’Amérique latine, lutte des Palestiniens. Pour autant, affirment- ils, il ne s’agit que de violence défensive. "Les révolutions ne sont jamais violentes, ce sont les contre-révolutions qui le sont", assure François Sabado, membre de la direction de la LCR. "Moi, je ne suis pas chrétien, je n’ai pas appris à tendre l’autre joue quand je reçois une gifle", ajoute Daniel Bensaïd, autre militant historique.


Et pour l’heure ? Les amis de Besancenot parlent de "mobilisation". "Le grand soir, ce n’est pas forcément la lutte armée, mais un bouleversement radical, un Mai 68 poussé jusqu’au bout", rêve déjà le mentor Alain Krivine. Le facteur, tel un super délégué syndical, continue donc : visite aux salariés de Renault mardi, manif sur le logement samedi prochain. Samedi, devant quelque 200 personnes, il proposait de "décréter l’état d’urgence sociale", de "prendre des mesures d’autorité". En déclinant quelques mesures : interdiction des licenciements, Smic à 1500 euros, levée du secret bancaire... Le tout pacifiquement ? "Du grabuge et de la bagarre sociale, il y en aura encore", convient-il. Samedi, son meeting s’est achevé, comme d’habitude, avec l’Internationale, poing levé.

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