Cinq questions, cinq réponses...

Publié le par LCR 06 OUEST


 

● Qu’est-ce que les subprimes et la titrisation ?


Après l’éclatement de la « bulle Internet », en 2001, les capitaux en quête de placement lucratif se sont réfugiés sur les titres du marché hypothécaire, dopés par les prêts à des ménages en situation fragile (subprimes). Les organismes de crédit ont transformé ces créances en titres négociables sur les marchés financiers (titrisation), en les mélangeant à des créances plus solides. Ces créances, qui rapportaient plus que la moyenne, ont commencé à circuler. Elles se sont avérées non remboursables, avec l’effondrement du marché immobilier en 2007. Aujourd’hui, plus personne ne sait qui détient de telles créances douteuses, appelées titres pourris ou toxiques.


● Comment la contagion se fait-elle ?


La chute brutale des prix immobiliers s’est propagée au système bancaire. Comme les titres toxiques sont disséminés, les banques ont commencé à se méfier les unes des autres et à ne plus se prêter d’argent entre elles. Avec la crise de confiance généralisée, elles ont vu la valeur de leurs actifs chuter, d’où les faillites. Aujourd’hui, la crise passe des banques d’affaire (banques de capitaux à long terme qui financent les entreprises) aux banques de dépôt (qui gèrent essentiellement les dépôts de particuliers et accordent les crédits à court terme), ainsi que des États-Unis vers l’Europe.


● Quelle liaison avec l’économie réelle ?


La contraction du crédit joue un rôle essentiel dans la transmission à l’économie réelle. Les banques en crise accordent moins de crédit aux entreprises. Cela se traduit par une chute de l’investissement et de l’emploi comme par une chute de la demande globale des ménages. Aux États-Unis, la consommation repose beaucoup sur le crédit. La crise y a déjà jeté à la rue des milliers de personnes, et les retraites des salariés sont menacées par les risques de faillite des fonds de pension.


● En quoi consiste le plan Paulson ?


C’est un plan de rachat, par le gouvernement, des titres financiers toxiques ou des parts du capital de banques en difficulté. D’un montant de 700 milliards de dollars, il doit être financé par l’émission de bons du Trésor et, en dernier ressort, par l’argent du contribuable. Il se heurte à un dilemme : à quel prix racheter les actifs ? Certains, les toxiques, n’ont pas de prix, car personne n’en veut, sauf la puissance publique. Des astuces techniques sont donc envisagées, afin de recréer artificiellement un marché. D’autres ont un prix, mais l’imposer soulèverait une tempête politique et économique. Comme dans le cas de Dexia, les banquiers demandent un prix supérieur au dernier cours boursier. Dans les deux cas de figure, l’alternative est la même. Soit on paye la valeur du moment, souvent pas grand-chose ; le problème des banques n’est alors pas résolu et les actionnaires crient à la spoliation. Soit on garantit les profits des banques avec l’argent public, sans garantie pour autant que cela marche.


● Le système bancaire français est-il mieux protégé qu’ailleurs ?


Oui et non. Oui, car les grandes banques d’investissement, dont l’essentiel de l’activité est consacré à la spéculation, n’existent pas comme aux États-Unis. Non, car la séparation entre banques d’affaire et banques de dépôt a été abolie avec la libéralisation financière, et les dépôts de tous les épargnants sont exposés à la spéculation. L’exemple de Dexia, que les gouvernements belge et français ont « sauvé de la faillite », avec plus de 6 milliards d’euros, est éclairant. Cet établissement financier français public dépendait de la Caisse des dépôts et consignations, qui recueille essentiellement des dépôts sur les Livrets A. Dexia a participé, jusqu’à sa privatisation (1987), au financement de dépenses sociales et d’infrastructures dans les collectivités locales. Après son rachat, en 1999, par le Crédit commercial de Belgique, ses dirigeants se sont lancés dans la spéculation sur les produits dérivés.

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