L'impossible régulation !

Publié le par LCR 06 OUEST

L’emballement de la crise financière interroge sur la profondeur des contradictions du capitalisme mondialisé et sur les moyens mis en œuvre par les gouvernements pour y faire face.


Depuis le lundi 29 septembre, les événements se précipitent : rejet par la Chambre des représentants, aux États-Unis, d’une première version du plan Paulson, aggravation brutale de la crise avec l’effondrement de Wall Street et les faillites en chaîne de plusieurs grandes banques, adoption d’une nouvelle version du plan Paulson, poursuite malgré cela de la chute des cours sur toutes les places boursières.


Au-delà des effets en chaîne, la panique actuelle montre que le fonctionnement du capitalisme se heurte à un problème de « gouvernance » profond. En 1929, le « chacun pour soi » des différents États capitalistes avait approfondi la crise. Cette fois, on pouvait considérer, en dépit de l’instabilité chronique due à la multiplication des innovations financières, que les gouvernements et les banques centrales, ayant beaucoup appris, sauraient mener les politiques adéquates pour sauvegarder le fonctionnement des marchés, quitte à jeter au panier tous leurs principes de non-intervention dans l’économie et d’équilibre budgétaire. Plusieurs interventions gouvernementales antérieures étayaient cette hypothèse. Or, les événements des derniers jours conduisent à s’interroger sur cette capacité.


Même si le plan Paulson a été repêché, son rejet initial – alors qu’il était soutenu par Bush et les deux candidats à la présidence – est significatif. Certains économistes avaient des réserves sur son efficacité. Parmi les élus, ce rejet a résulté, d’un côté, de la réaction des républicains ultra-libéraux, avec un mélange de moralisme et de dogmatisme de marché. Mais, de l’autre, aussi de l’indignation d’une grande partie de la population, à l’idée de renflouer avec leurs impôts ceux-là mêmes qui leur ont fait perdre, ou menacent de leur faire perdre, leur logement, leur retraite et leur emploi. C’est sous cette pression qu’une bonne partie des élus démocrates a voté contre le plan. Certains démocrates de gauche ont commencé à formuler l’exigence de contreparties sociales à un tel plan. On voit donc poindre une crise d’orientation aux États-Unis.


Cette crise met en lumière la contradiction entre la mondialisation du capital et la fragmentation des États. Si les filiales des banques étrangères ont été incluses, à certaines conditions, dans le plan Paulson, au motif que leurs difficultés auraient les mêmes conséquences sur l’activité économique et sur l’emploi que celles des banques nationales, cela a suscité des protestations de la population américaine et des élus. L’espace mondial reste fragmenté en États, chacun d’entre eux ayant un rôle de gestion, au profit de la bourgeoisie, des grands équilibres sociaux-politiques et des compromis de classe sur leurs territoires respectifs, alors même que l’enchevêtrement des mécanismes de la crise ne connaît pas de frontière.


Ces problèmes sont démultipliés en Europe, où il n’y a pas d’État face à la Banque centrale européenne. Comme en 1929, aucune grande puissance, même les États-Unis, n’est en mesure d’imposer, par son leadership, une solution d’ensemble à la crise.


Il est indéniable que les discours les plus dogmatiques sur l’autorégulation des marchés vont devoir faire profil bas pour un temps, et que les États vont se donner les moyens d’utiliser différents outils d’intervention sur les marchés, même si leur mise en œuvre se heurte à des difficultés. Pour autant, le noyau dur du néolibéralisme (la libre circulation des capitaux, une répartition des revenus qui fait stagner les salaires loin derrière les profits qui accaparent l’entièreté des gains de productivité) n’est pas entamé, aucune fraction des classes dirigeantes n’apparaissant porteuse d’un projet de régulation différent, en dépit de leurs contradictions. C’est bien de la lutte des classes que dépendra un coup d’arrêt aux politiques libérales.

 
Henri Wilno et Stéphanie Treillet.

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