’’Etre élu ne sera jamais pour moi un métier’’...

Publié le par LCR 06 OUEST

Besancenot :
’’Etre élu ne sera jamais pour moi un métier’’


 

L’Express. Propos recueillis par, François Koch, Eric Mandonnet.

 

A 34 ans, il a déjà été deux fois candidat à l’élection présidentielle. Il apparaît, dans certaines enquêtes, comme le meilleur opposant à Nicolas Sarkozy. Au moment où le Parti socialiste change de tête, Olivier Besancenot ne voit venir aucun changement de ce côté. Lui-même lancera, en janvier 2009, un Nouveau Parti anticapitaliste. A deux mois de son congrès fondateur, il explique sa stratégie. Evoque ses propositions pour juguler la crise financière. Et dévoile un regret personnel.

L’imbroglio socialiste peut-il déboucher sur une nouvelle donne à gauche ?

 

Je ne connais pas personnellement les dirigeants socialistes. Ce que je sais, c’est que Martine Aubry était d’accord avec Ségolène Royal pour voter oui au traité constitutionnel européen en 2005. Tous les candidats à la direction du PS, qui s’entre-tuaient pour des affaires de pouvoir, étaient d’accord sur un point : leur vraie motion de synthèse, c’est leur déclaration de principes, qui acte la social-libéralisation du parti. Le test, ce sera de voir si elle vient, avec Marie-George Buffet, avec Arlette Laguiller, avec quelqu’un des Verts, soutenir les salariés de l’automobile. A Sandouville, à Cléon ou ailleurs...

Selon un sondage récent d’OpinionWay, 76 % des sympathisants du PS et 90 % de ceux qui disent vouloir voter pour vous à la prochaine présidentielle souhaitent que vous participiez à un gouvernement de gauche, en cas de victoire en 2012.

Leur dites-vous : jamais ?

 

Si le PS était au pouvoir, face à la crise actuelle, il renflouerait à coups de deniers publics les banques. Pas nous. La clef de notre succès, c’est notre indépendance, la réconciliation entre ce que l’on dit et ce que l’on fait. Ceux qui, dans cette gauche, veulent faire pression de l’intérieur ne réussiront pas à faire aujourd’hui ou demain ce qu’ils tentent de faire, en vain, depuis trente ans. La seule différence, désormais, c’est que François Bayrou est dans les bagages. Nous, nous défendons une autre orientation que celle du PS : augmentation de 300 euros net pour tous, interdiction des licenciements, un service public bancaire...

Si cela ne dépendait que de vous, comment réorganiseriez-vous le secteur bancaire ?

 

Plutôt que de nationaliser les banques privées, nous proposons d’unifier toutes les banques, publiques et privées, en un seul service bancaire, qui aurait donc le monopole du crédit. Il serait placé non pas sous le contrôle du gouvernement - nous ne voulons pas remplacer un patron privé par un patron qui s’appelle l’Etat - mais sous celui des salariés et des consommateurs. Cela suppose d’ôter le pouvoir exorbitant qu’ont les banquiers sur l’économie et de contrôler les circuits de capitaux au sein du système bancaire. C’est pourquoi nous réclamons la levée des secrets bancaire, commercial, industriel, pour savoir où va l’argent ; c’est pourquoi nous sommes pour la fin de l’indépendance de la Banque centrale européenne. Cette proposition, nous la faisons à l’échelle européenne.

En quoi, dans la crise financière, Nicolas Sarkozy fait-il preuve de l’ultralibéralisme dont vous l’accusez habituellement ?

 

On a voulu nous faire croire qu’il avait tenu des propos supergauchistes, mais il reste dans le droit-fil des gouvernements libéraux ! Nicolas Sarkozy veut que les pouvoirs publics servent de bouche-trou au service des banquiers. Nous sommes non pas pour renflouer ceux-ci, mais pour venir en aide aux victimes de la crise. Sarkozy parle de crise du capitalisme financier. Or il n’y a pas, d’un côté, le gentil capitalisme industriel et, de l’autre, le méchant capitalisme financier. Pour nous, la financiarisation de l’économie est une maladie congénitale de l’économie de marché. Elle a une histoire inextricable de celle du capitalisme industriel, puisque le carburant du système est le profit. La seule régulation qui vaille est de mettre fin à l’économie de marché.

Vous vous définissez, pour le moment, par la négative : c’est le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA).

Quels mots décriraient de manière positive votre modèle de société ?

 

Socialisme du XXIe siècle, écosocialisme, autogestion libertaire, communisme démocratique : ce pourrait être l’une de ces appellations, mais la dénomination du parti ne doit pas nous diviser, puisque nous avons des origines diverses. "Anticapitalisme", c’est peut-être négatif, mais cela a le mérite d’être clair. Certains de ces mots, il faut le reconnaître, sont marqués par l’Histoire et nous renvoient à un bilan. Nous ne voulons pas avoir les yeux tournés vers le passé. Il s’agit non pas d’oublier le clivage entre réforme et révolution, mais d’ouvrir une nouvelle période, avec un nouveau parti et un nouveau programme. Nous travaillons à la refondation programmatique d’un socialisme du XXIe siècle.

Qu’est-ce que le NPA conservera de trotskiste ?

 

Le meilleur ! Nous, les trotskistes, avons un héritage politique - comme les libertaires, d’ailleurs - qui nous permet d’éviter la professionnalisation de la politique. Nous conserverons aussi l’internationalisme en tant que socle de notre projet, au sens de la volonté de construire un regroupement au-delà des frontières. Mais nous ne serons pas la section française de la IVe Internationale, même si le NPA doit avoir des relations avec elle.

Que faites-vous pour éviter d’être l’allié objectif de Nicolas Sarkozy ?

 

Rien de plus que ce que nous faisons au quotidien. Depuis plusieurs mois, nos combats contre Sarkozy valent à nos militants d’être traînés devant les tribunaux, mis à pied, licenciés ; ils subissent des pressions dans des entreprises du privé comme du public. C’est valable pour La Poste également. Résister à la politique de Sarkozy a un prix - supérieur à ce qu’il était avec le président précédent.

Au lendemain de l’élection présidentielle américaine, vous avez salué une "victoire symbolique majeure contre le racisme", mais appelé d’ores et déjà, deux mois avant son entrée en fonctions, à la "résistance face à la politique que Barack Obama va mettre en oeuvre".

Sa seule qualité est-elle d’être noir ?

 

Ce serait sectaire de ne pas se réjouir de la claque prise par les républicains, sectaire de ne pas comprendre qu’avec l’élection d’un président noir, c’est une page de l’Histoire qui se tourne, même symbolique. Mais nous ne nous faisons aucune illusion sur le programme du Parti démocrate. Les deux partis, démocrate et républicain, ont

approuvé, par exemple, le plan Paulson.

Vous n’avez jamais détenu un mandat électif. Avez-vous envie de siéger au Parlement européen, après les élections de juin, au risque de devenir un homme politique comme un autre ?

 

Ce n’est pas un risque d’avoir des élus. Ce serait une opportunité, pour le NPA, de relayer les luttes sociales. Quand nous avons eu des élus au Parlement européen, ils n’étaient pas des politiciens professionnels comme les autres, reversant, par exemple, au parti leur surplus de rémunération par rapport à leurs gains dans le civil. En ce qui me concerne, la question n’a pas encore été débattue. Si je dois être tête de liste, ce sera en Ile-de-France. Mais être élu ne sera jamais pour moi un métier. Je ne place pas au même niveau un mandat et une activité professionnelle.

Pourquoi récusez-vous le "front de gauche" que Jean-Luc Mélenchon appelle de ses voeux pour les européennes ?

 

Nous discuterons avec lui. Sa démarche va dans le bon sens et confirme notre analyse selon laquelle le PS n’est pas redressable. Nous discuterons des campagnes que nous pouvons faire ensemble. Cela dit, nous ne voulons pas, nous, faire pression sur le PS de l’extérieur. Mélenchon veut faire un ancien vrai Parti socialiste. Notre objectif consiste non pas à refaire la gauche, mais à construire une autre gauche.

Comment expliquez-vous le développement actuel de l’ultra-gauche ?

 

Il y a une radicalisation de certains mouvements de la jeunesse, donc, peut-être, une ultragauche un peu plus forte qu’avant. Ce ne sont pas nos méthodes. Si ces saboteurs étaient suivis, surveillés par la police, pourquoi ne les a-t-on pas arrêtés avant ? Je me demande à qui profite le crime. Sûrement pas aux cheminots grévistes, ni aux syndicats de la SNCF, ni à la gauche anticapitaliste. Nous luttons contre les vrais saboteurs des trains : le libéralisme et les politiques européennes.

Etes-vous satisfait du travail de la justice dans l’affaire Taser ? Le parquet de Paris n’a pas retenu l’"atteinte à l’intimité de la vie privée" dont vous accusiez cette société distributrice du pistolet à impulsion électrique.

 

C’est extrêmement regrettable. Si me mettre sous surveillance, me pister, photographier ma compagne et mon enfant et faire une fiche sur la mère de ma compagne, ce n’est pas de l’atteinte à la vie privée... On ne lâchera pas l’affaire. Les coups d’intimidation, ça ne marchera pas ! Je ne sombrerai pas dans la paranoïa ! Ce n’est pas mon genre...

Dans L’Express du 2 octobre 2008, vous indiquiez, à propos de Jean-Marc Rouillan, qu’il avait "purgé sa peine

de prison. Et même plus".

Or il était en semi-liberté. Ce que vous dites est donc juridiquement faux...

 

Je ne suis ni l’avocat ni le juge d’application des peines de Jean-Marc Rouillan. Il a effectué sa peine incompressible, avec dix ans d’isolement. Il n’est pas écrit dans la loi qu’il faille demander pardon pour sortir de prison. Il ne peut pas y avoir deux poids, deux mesures dans la justice de ce pays. Maurice Papon, haut cadre des partis gaullistes, a été condamné, pour complicité de crimes contre l’humanité, pour avoir fait déporter 1 600 juifs de Bordeaux à Drancy [en fait, Papon a été jugé pour 72 victimes par les assises], à dix ans de prison et n’en a effectué que trois. Il est sorti pour raisons de santé, ce qui n’a jamais été accordé à aucun prisonnier d’Action directe [Joëlle Aubron a été libérée en juin 2004 pour raisons de santé]. Selon moi, cette différence de traitement a une cause politique.

Une autre phrase a heurté : "Françoise Besse a des comptes à régler avec Action directe."

La regrettez-vous ?

 

Je regrette que certains cherchent à m’impliquer dans l’affaire d’Action directe, soit par le biais du passé, soit par le biais du présent, alors que l’organisation à laquelle j’appartiens a toujours dénoncé les méthodes d’Action directe. Je ne veux pas, par de nouvelles déclarations, faire rebondir cette affaire.

Si vous deviez reconnaître une qualité, une seule, à Nicolas Sarkozy, laquelle serait-ce ?

 

Il défend de façon extrêmement tenace et cohérente les intérêts de sa classe.

Une erreur que vous avez commise depuis que vous faites de la politique ?

 

Je n’ai pas suffisamment anticipé les risques de personnalisation depuis ma première candidature à l’élection présidentielle, en 2002. Cette personnalisation crée des illusions. Or je ne fais pas de la politique pour être le nouveau leader d’une nouvelle gauche. Ce n’est pas impossible de rattraper le coup, mais nous avons pris du retard - moi, en particulier. Il faut faire en sorte que je ne sois plus le seul porte-parole visible.

Quel est le responsable politique dans le monde qu’aujourd’hui vous respectez le plus ?

 

Parce qu’il est resté fidèle, et bien que je ne sois pas sûr que ce soit, à proprement parler, un responsable politique, le sous-commandant Marcos, chef de file de l’EZLN [Armée zapatiste de libération nationale, groupe révolutionnaire et altermondialiste du Chiapas, au Mexique].

Au cours d’un récent entretien, vous citiez Coluche : "La moitié des hommes politiques sont des bons à rien ; l’autre moitié sont prêts à tout." E

st-ce ce que vous pensez vraiment ?

 

Oui, je le pense. Si Coluche avait été de ce monde, je n’aurais jamais été candidat à l’élection présidentielle. J’aurais voté pour lui.

Vous adorez le football.

Quel est votre joueur préféré ?

Je suis un fan de Franck Ribéry.

Votre dernier coup de coeur culturel ?

Le film La Chambre des morts, d’Alfred Lot, tiré d’un polar de Franck Thilliez. Le meilleur policier que j’aie vu depuis Ne le dis à personne, de Guillaume Canet.

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