La gauche cherche à canaliser le malaise social...

Publié le par LCR 06 OUEST

Article du Monde daté du samedi 12 décembre.


Des journées de grèves sectorielles sur La Poste plutôt suivies, des manifestations de défense des services publics populaires, un mécontentement grandissant des enseignants et, tout récemment, des lycéens qui rentrent dans la danse... le malaise social se fait de plus en plus sentir.
De quoi revigorer la gauche qui avait le plus grand mal à se faire entendre.
Ses leaders évoquent l'émergence d'un mouvement social qui redonnerait à l'opposition un semblant de vigueur. Ils restent également vigilants à l'égard de conflits sociaux qui risqueraient de se développer en dehors des organisations représentatives.

Car entre contestation sociale et élan donné aux partis de gauche il n'y a rien d'automatique, préviennent les politologues.
Ainsi, "un mouvement social partant de la jeunesse ne fabrique pas automatiquement du vote à gauche, explique Jérôme Fourquet, directeur de l'institut IFOP, rappelant l'exemple de la mobilisation contre le CPE. Un an après, la gauche était battue".
"Il manque un dénominateur commun pour que ces protestations deviennent un mouvement social, prévient Vincent Tiberj, chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof). La gauche n'a pas de leadership capable de rassembler la rue et les urnes."
Rien n'est donc joué sur une mobilisation encore naissante.
Sauf si le pouvoir durcit le ton. Dans ce cas, préviennent les observateurs, le mécontentement peut trouver plus facilement un débouché à gauche.
"Un peu comme les événements de banlieue en 2005 ont renforcé le vote Royal en 2007", souligne M. Fourquet.
Quelques signes précurseurs pourraient le montrer comme les derniers sondages de popularité donnant les personnalités de gauche en hausse, remarque encore M. Tiberj.
Ou les résultats aux élections prud'homales qui ont vu la CGT progresser et Sud-Solidaires faire une percée, insiste M. Fourquet.


"VOLONTÉ DE COMBAT"


Les formations de gauche s'activent, s'efforcent d'accompagner plus ou moins intensément les mouvements sectoriels de grogne.
Dans ce jeu de rôle, les militants de la LCR sont les mieux placés.
Voilà deux ans que leur champion, Olivier Besancenot, sillonne la France des conflits sociaux, campant à la porte des usines et poussant à la "mobilisation d'ensemble".
Son discours séduit les plus radicaux, et ses comités pour un Nouveau parti anticapitaliste "attirent du monde", témoigne Alain Krivine.


Le PCF, qui est entré pour quatre jours en congrès d'introspection, tente aussi de surfer sur "cette volonté de combat qui grandit dans le pays", comme le résume Pierre Laurent. Mais, s'il peut encore compter sur ses élus locaux ou son réseau de syndicalistes, le parti peine à se faire entendre et semble concentré sur sa préservation.


Nouvel arrivé à gauche, le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon essaie par une présence voyante à toutes les manifestations de se faire une place.
Mais il est encore trop balbutiant pour espérer rafler la mise.


Le PS, dont les dirigeants - hormis l'aile gauche du parti - s'étaient tenus éloignés des manifestations et avaient eu tendance à laisser Ségolène Royal multiplier les visites dans les usines en grève, cherche à rattraper le temps perdu.
Martine Aubry, qui promet "d'être sur le terrain aux côtés des salariés", a entamé une série de rencontres avec les dirigeants syndicaux et annoncé l'installation, au siège du PS, "d'une cellule relative aux licenciements pour aider et accompagner nos élus aux côtés des syndicats".


Pour Guillaume Bachelay, secrétaire national chargé de l'industrie, "le PS doit être le parti de gouvernement dans les mouvements sociaux". "Nous avons pris conscience de la pression électorale qu'exercent le NPA, le nouveau Parti de gauche mais aussi le PCF qui reste actif au plan local", ajoute-t-il.
On a ainsi senti, dans la quasi- totalité des textes préparatoires au congrès de Reims comme dans les récents communiqués une tonalité plus antilibérale.
Même s'ils n'évoquent pas spontanément la situation sociale en Grèce, les responsables socialistes ne veulent pas négliger le risque de voir émerger un mouvement "incontrôlable".
Aussi, tentent-ils d'élaborer un débouché politique.


Convaincu que "toutes les conditions sont en train de se réunir pour des confrontations sociales très violentes", Julien Dray, député de l'Essonne, a rappelé jeudi sur i-Télé qu'il ne suffit pas "de prendre nos baskets et d'être de toutes les manifs".
Les dirigeants du PS admettent que le volontarisme dont ils se réclament reste à préciser. Benoît Hamon qui, au lendemain de sa nomination comme porte-parole du PS, avait évoqué le rétablissement "d'une forme d'autorisation administrative (...) pour les licenciements boursiers" a été "recadré" lors de la réunion du secrétariat national.
Mme Aubry a convoqué pour le 31 janvier une réunion de tous les secrétaires de section afin de "débattre ensemble de nos propositions face à la crise".


En attendant, quelle que soit la motion soutenue au congrès de Reims, tous les socialistes s'accordent à considérer que "la situation économique et sociale risque d'être encore plus dure que ce que l'on pouvait craindre".


Jean-Michel Normand et Sylvia Zappi

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