Congrès de la LCR, des textes de la plateforme B...

Publié le par LCR 06 OUEST

Le XVIIIe Congrès national de la LCR se tiendra le 5 février prochain. Sauf imprévu, il s’agira en fait du dernier, l’enjeu central du débat étant le dépassement de la LCR dans le cadre du nouveau parti anticapitaliste (NPA), dont le congrès de fondation se déroulera immédiatement après, du 6 au 8 février 2009. Convaincu que la discussion qui se mène au sein de la LCR peut intéresser bien au-delà de ses rangs, « Rouge » donne la parole, pour la deuxième et dernière fois, aux deux plateformes constituées pour l’occasion.

Plate forme B

C’est à un congrès bâclé, de par la volonté de leur majorité de direction, que les militantes et les militants de la LCR se voient confrontés. Organisé sur quelques heures, localement et nationalement. Sans bilan des apports – et erreurs – de leur organisation au fil de ses 40 ans d’existence. Pour nous, qui militons depuis longtemps en faveur du dépassement de la LCR dans un cadre plus large où elle pourrait faire fructifier son héritage, cette liquidation est de mauvais augure.


Voilà pourtant un congrès qui n’a rien d’une formalité. Une dissolution n’est pas un acte banal. Non seulement en raison de sa forte charge symbolique, mais parce qu’il s’agira de savoir quel message la LCR va délivrer à celles et ceux qui se sont engagés à ses côtés dans la formation d’un nouveau parti. Rien de moins !


La démarche de la majorité de la direction nationale affiche une vision étriquée du NPA, qui peut conduire à ce qu’il ne soit qu’une simple extension de ce qu’était la LCR. Elle évalue le processus à l’aune unique du « triplement » espéré des effectifs de l’actuelle LCR et du « dépassement » des histoires existantes au sein de celle-ci. Elle ne reprend plus les appels – bien trop timides, déjà – un moment émis en direction de quelques secteurs militants ou « personnalités ». En niant aux membres de la IVe Internationale le droit de le demeurer, dans le cadre d’une association qui ne s’immiscerait pas dans les débats du NPA, tout en faisant assumer à ce dernier les liens avec une Internationale dont il ne sera pas membre, elle contredit gravement le principe de transparence et nie de facto le pluralisme qui devrait être celui du nouveau parti.


Tout cela marque l’aboutissement d’une méthode. Depuis le début, la majorité de direction a exalté le caractère « révolutionnaire » du NPA, elle a rétréci son champ de vision à quelques groupes d’extrême gauche, et elle a fait capoter tout dialogue avec des courants n’assumant pas l’histoire de la gauche révolutionnaire. Du coup, alors que la proposition d’un NPA avait recueilli un incontestable écho, le nombre d’adhérents escomptés a fondu, et la place du NPA risque d’être celle d’une organisation un peu élargie d’extrême gauche.

Il est possible de redresser la barre. C’est même devenu indispensable, au moment où la crise rend plus urgente que jamais une alternative antilibérale et anticapitaliste crédible à une échelle de masse. Alors que toutes les lignes bougent de nouveau au sein de la gauche, faisant surgir de nouveaux partenaires, comme le Parti de gauche ou la Fédération. Et au moment où les élections européennes peuvent devenir l’occasion incontournable d’offrir un début de traduction politique à la crise sociale qui se dessine, de bouleverser la donne à gauche.


Il est pour cela un moyen. Que l’ultime congrès de la LCR se prononce pour un NPA ouvert, orientant résolument son combat en direction de la gauche et du mouvement ouvrier. Un NPA qui devienne un instrument pour la construction de résistances majoritaires et unitaires aux attaques de la droite et du Medef. Et qui agisse immédiatement en faveur d’un front de toutes les forces en quête de rupture avec l’ordre dominant, aujourd’hui dans les luttes et demain aux européennes. Un NPA qui, loin de se croire une fin en soi, agisse comme un levier en vue de l’émergence à terme d’un grand parti pluraliste pour le socialisme. Un parti à même de contester durablement l’hégémonie du social-libéralisme porté par le PS au sein de la gauche. Le congrès doit porter haut et fort cette ambition. Manquer cette ultime opportunité serait menacer le NPA d’une pente dangereuse.

   

Michelle Ernis, Alain Faradji, Marianne Mugnier, Christian Picquet.



Européennes : le choix décisif !


Ce sera au NPA de décider quelle politique mener pour les élections européennes. Mais c’est à la LCR d’apporter sa contribution quant aux choix qui se présentent. La LCR ne doit pas entretenir le NPA dans l’illusion que l’enjeu de ces élections serait la seule affirmation du NPA. En revanche, la LCR doit chercher à convaincre le NPA de ce que sont ses responsabilités pour ces élections.


Le NPA doit tout faire pour que voient le jour des listes unitaires porteuses d’un clair contenu anticapitaliste. Des listes qui, face à la crise, défendent une alternative à une construction européenne antisociale et antidémocratique. Des listes aptes à susciter une dynamique militante à la mesure du coup de tonnerre que représenta le « non » populaire de 2005.


La LCR ne peut pas expliquer que l’enjeu n’est que tactique, c’est-à-dire secondaire parce que seules comptent les luttes. Notre souci est bien d’améliorer le rapport de force social, mais nous ne pouvons ignorer que ce qui se joue électoralement a des effets sur les mobilisations. La Grèce nous en apporte une nouvelle démonstration : la coalition Syriza pèse électoralement et agit dans le mouvement social… Laisser le champ libre à gauche aux partis ralliés à une Union européenne machine de guerre de l’ultralibéralisme, ce serait affaiblir les mobilisations !


Une perspective mobilisatrice, parce qu’unitaire, est nécessaire. Si elle ne se concrétisait pas, la gauche antilibérale et anticapitaliste se présenterait totalement divisée (entre des listes LO, POI, NPA, PG et PCF…) et donc privée de toute crédibilité. Ce serait laisser les listes sociales-libérales (PS et écologistes sous le drapeau de Cohn-Bendit) bafouer le vote majoritaire à gauche du 29 Mai, et acquérir le monopole de la représentation parlementaire.


La construction d’un front politique et social serait également un point de départ crucial pour construire une alternative solide à la droite sarkozyenne, dont les contre-réformes ne vont pas faiblir dans les prochaines années, et à un Parti socialiste de plus en plus social-libéralisé. Le NPA ne peut répondre seul au besoin vital d’une nouvelle représentation politique du monde du travail.


Dans le même sens, la LCR ne peut pas expliquer que l’objectif est d’affirmer un « NPA européen ». Car on sait qu’il s’agit d’un leurre. Comment prétendre réunir au moins 25 élus de 7 pays membres pour constituer un groupe ? Où sont les pays où pourraient se constituer des listes de type NPA ? Combien de régions en France où des listes du seul NPA peuvent ambitionner les 7 ou 8 % permettant d’avoir des élus ?


La perspective d’un rassemblement est possible. L’appel de Politis pour des listes unitaires antilibérales et anticapitalistes rencontre un réel écho. Le Parti de gauche et le PCF se sont prononcés en ce sens. C’est également le cas des Communistes unitaires, des Alternatifs et des Collectifs antilibéraux. Reste à définir clairement une orientation de rupture avec le libéralisme, à donner à cette bataille une dimension largement pluraliste, à l’enraciner dans des collectifs militants sur le terrain.


Le NPA doit s’engager pour réunir les conditions permettant qu’il en soit ainsi. C’est le gage de son ouverture aux débats qui traversent le mouvement ouvrier. L’acte de naissance du nouveau parti ne saurait être marqué du choix inverse : celui du repli et des dégâts politiques qui en résulteraient pour le mouvement ouvrier.


François Calaret, Céline Malaisé, Francis Sitel, Stéphanie Treillet.

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