"La "Ligue", une école qui a marqué la gauche" ...

Publié le par LCR 06 OUEST

Quarante ans après sa fondation, la Ligue communiste révolutionnaire (LCR) va disparaître, jeudi 5 février, lorsque ses militants voteront sa dissolution avant de se fondre dans le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA). "Une page se tourne, c’était un outil, on passe à autre chose", assure Alain Krivine, son porte-parole. Une page qui a marqué l’histoire de la gauche en France, bien au-delà des rangs de l’extrême gauche. La "Ligue", c’est une tradition politique, un savoir-faire et une mythologie qui a eu ses faits de gloire et ses héros.

C’est en 1966 qu’un petit groupe de militants exclus de l’Union des étudiants communistes puis du PCF crée la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR). Partis à quelque 150, ils sont emmenés par Alain Krivine, jeune professeur d’histoire, Daniel Bensaïd, étudiant à la fac de Nanterre, et Henri Weber, étudiant en philo. Ces trois-là ont entre 20 et 25 ans et viennent de rejoindre le Parti communiste internationaliste, section de la IVe Internationale, un groupuscule fidèle à Léon Trotski. Cette poignée d’agitateurs va se retrouver aux premières loges en Mai 68. Ils y mettront en pratique leur leitmotiv : pousser à la "grève générale" et à la "jonction avec la classe ouvrière". Daniel Bensaïd disputera alors la popularité dans le "mouvement" à Daniel Cohn-Bendit. Ses activités vaudront à la jeune organisation sa dissolution en juin 1968 et à Alain Krivine d’être emprisonné le temps d’un été. A l’automne, les jeunes révolutionnaires donnent naissance à la LCR et à son hebdomadaire Rouge.

Suivront alors ses années de hauts faits. La "Ligue" était partout où s’exprimait "le mouv’", entre le "candidat-soldat" Krivine à l’élection présidentielle de juin 1969 (1,1 % des voix), les comités de soldats - parce que "sous l’uniforme, on reste un travailleur" -, la contre-manifestation armée pour empêcher un meeting d’Ordre nouveau en juin 1973, puis les groupes femmes et les manifs homo... jusqu’à l’élection de François Mitterrand, en 1981, jugée "période prérévolutionnaire". Avec ses pseudonymes obligatoires, ses "écoles de formation" où s’enseignaient les rudiments de la révolution permanente, ses rendez-vous secondaires pour échapper aux filatures, la LCR séduisait du monde. Ses effectifs atteignaient péniblement les 2 000 en période faste, mais l’organisation a vu passer une bonne partie de ce que la jeunesse intellectuelle a pu produire de publicitaires, de journalistes, de profs de fac... et de politiques. Il n’est aujourd’hui pas un courant au PS qui ne compte ses "ex" : Henri Weber, mais aussi Julien Dray, François Rebsamen, Sophie Bouchet-Petersen, Laurence Rossignol, Gérard Filoche, David Assouline... " On n’a pas arrêté de construire les autres partis par procuration", remarque un ancien.


Jeudi 5 février, Rouge publiera son dernier numéro, une édition spéciale consacrée au nouveau parti. Les archives seront déposées à la BDIC, un livre de mémoire collective est prévu... Celui sur le NPA est déjà publié (L’Incroyable Histoire du Nouveau Parti anticapitaliste, de François Coustal, Demopolis, 14 euros). Toutes les traces publiques de la LCR auront disparu. "La Ligue a été dissoute deux fois par le pouvoir, en 1969 et en 1973. Cette fois-ci, c’est nous, et sans nostalgie !", rigole Alain Krivine.


Le constat est un peu osé car, dans l’organisation, la mutation n’est pas passée sans grincements. Départs sur la pointe des pieds, claquements de porte ou batailles d’amendement dans les congrès locaux pour tenter de maintenir - un peu - ce qui fut l’identité de la LCR... ils sont nombreux chez les anciens, ceux qui ne digèrent pas de voir "brader l’orga en quelques heures". "Fermer une boutique qui a quarante ans d’âge demande plus de soin", critique Christian Picquet, représentant de la minorité. Olivier Besancenot n’en a cure. Il a déjà adopté le slogan de ses aînés : "Ne te retourne pas camarade, le vieux monde est derrière toi."


Sylvia Zappi.

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