Le nouveau parti ?

Motion de la Direction Nationale de la LCR des 30 juin et 1er juillet

1/ L’injustice n’a pas régressé dans le monde. Bien au contraire, elle continue à frapper des milliards d’être humains. Cette injustice multiforme est l’inévitable conséquence d’un système d’organisation de la société, le capitalisme, dont le moteur demeure la recherche de la satisfaction de la soif de pouvoir et de profits d’une toute petite minorité. Ici, les profits exorbitants du CAC 40, les parachutes dorés, les salaires faramineux des dirigeants s’accompagnent d’un accroissement des inégalités, souvent de la détresse. C’est la course folle au profit, accentuée encore par les politiques libérales qui dominent la globalisation capitaliste, qui génère la misère, le mal logement, la précarité et creuse les inégalités sociales, qui détruit les services publics et les protections sociales, qui provoque des guerres et le pillage du tiers-monde, qui met en danger toute l’humanité par un gestion catastrophique des ressources et de l’énergie.

La logique de la concurrence de tous contre tous, de la privatisation du monde, et celle des solidarités, du partage des richesses, de la démocratie la plus large sont inconciliables. Pour en finir avec la dictature des actionnaires, de la propriété privée capitaliste, il faudra des mobilisations puissantes, généralisées, des grèves, des manifestations, des occupations. L’avenir de la société est entre les mains des classes exploitées, des salariés qui produisent toutes les richesses.


2/ Au nom de la rupture, la politique de Nicolas Sarkozy, s’inscrit en réalité dans la continuité et l’approfondissement des politiques capitalistes, libérales et antisociales. Le gouvernement Sarkozy-Fillon est au service des plus riches et des gros actionnaires. Cette droite-là, c’est aussi un programme profondément dangereux pour les libertés publiques, le droit d’expression, les droits des immigrés, les droits des femmes, les jeunes victimes des discriminations. Il faut mettre en échec Sarkozy et le Medef par la mise en place de larges fronts unitaires.


3/ Nous ne pouvons pas compter sur le PS pour conduire une opposition digne de ce nom. Converti au libéralisme, miné par les ambitions, de plus en plus obnubilé par l’alliance avec les centristes, le PS ne peut pas conduire un changement de politique qui permette concrètement d’améliorer le sort de millions de personnes. Il a abdiqué de toute velléité de contestation de l’ordre établi pour se plier à la logique de la mondialisation financière et impérialiste. Quant à la direction du parti communiste, elle n’offre aucune perspective indépendante du PS et s’enferme dans sa propre crise.

Toute alliance institutionnelle avec le PS est vaine, source de nouvelles désillusions. Il faut rompre avec les politiques menées par tous les gouvernements successifs.

Une page est tournée. Celles et ceux qui entendent lutter sans concession contre la politique de ce gouvernement, instrument du Medef, celles et ceux qui veulent défendre un programme d’urgence anticapitaliste à l’image de celui qu’a porté Olivier Besancenot à la Présidentielle ont besoin d’un nouveau parti qui défende les intérêts des travailleur-e-s, de tous les opprimé-e-s, de tous les exploité-e-s. C’est pourquoi nous proposons que se rassemblent tous les anticapitalistes dans un nouveau parti, implanté dans la jeunesse, les entreprises, les services publics, les quartiers populaires pour construire les mobilisations d’aujourd’hui qui, pour nous, doivent préparer un changement radical, révolutionnaire, de la société. Nous ne partons pas de rien. D’imposantes luttes ont eu lieu ces dernières années et on sent la résistance, rejointe par une nouvelle génération, s’organiser face aux attaques du nouveau pouvoir.


4/ Concrètement, nous souhaitons un débat commun avec toutes celles et tous ceux, individus, équipes militantes, courants politiques :

- qui veulent défendre un programme anticapitaliste dans les luttes et aux élections ;

- qui se situent dans la plus stricte indépendance avec le PS et refusent de cogérer les institutions avec celui-ci, voulant centrer leur activité sur la lutte des classes, la mobilisation sociale et politique ;

- qui veulent se regrouper dans un cadre politique organisé, militant, national et démocratique, un parti tissant des liens internationaux avec les forces qui défendent une telle perspective.


5/ Dans un premier temps, nous proposons que s’organise dès la rentrée de septembre, des réunions dans le plus grand nombre de villes, de quartiers, d’entreprises, de facs et de lycées possible. Il s’agira de débattre à la fois des formes et des moyens de la riposte indispensable aux mesures prises par le gouvernement, du programme et du fonctionnement démocratique du parti que nous voulons créer, de la présentation, dans un maximum de villes pour les prochaines échéances municipales, de listes anticapitalistes totalement indépendantes du PS et de ses alliés. La constitution de ces listes participera de la démarche pour le nouveau parti.

Dans le cadre du congrès national qui et d’ores et déjà lancé, nous ferons un bilan d’étape du processus et ferons de nouvelles propositions pour aller plus loin et rendre possible la convergence de toutes et de tous dans un nouveau parti.

Ensuite, nous envisageons la tenue d’assises départementales vers un congrès national de fondation de ce nouveau parti anticapitaliste, féministe, écologiste, internationaliste, et socialiste. Résister, se mobiliser et s’organiser, agir, débattre et décider, c’est ce que nous proposons de faire ensemble, à égalité. 


Une bataille de longue haleine...

 

Loin de « décréter » un nouveau parti, la Ligue communiste révolutionnaire s’attache à en concrétiser la perspective.

Deux articles – une page entière dans l’édition du Monde du 9 octobre ! –, pour dénoncer la LCR, son « sectarisme », son « gauchisme bureaucratique », le « culte de la personnalité » autour d’Olivier, c’est pour le moins surprenant. Le titre résume la charge : « Le “parti d’Olivier” efface la vieille LCR. » Passons : tous ceux qui s’intéressent à la Ligue – or, ils sont assez nombreux et c’est visiblement cela le problème ! – jugeront la réalité de ces assertions. Vouloir rejouer la querelle des anciens et des modernes à destination des lecteurs nostalgiques du Monde présente assez peu d’intérêt : l’enjeu est, tout au contraire, de fusionner l’expérience des générations militantes qui ont, depuis 1968, construit la LCR, avec l’enthousiasme des nouvelles générations, qui découvrent l’action politique et sociale à travers la révolte contre un système injuste et mortifère.

Le second article – « Le nouveau parti anticapitaliste au ralenti » – s’efforce de distiller le doute et de suggérer que l’appel lancé par la LCR a toute chance de n’être qu’un pétard mouillé. Certes, écrit Sylvia Zappi, « le calendrier est maintenu »… Mais, en fait, suggère-t-elle, il n’aura que peu de chances d’être tenu. Or, le calendrier annoncé est purement imaginaire. Rétablissons donc les faits : la campagne présidentielle a suscité de nombreuses demandes de contacts avec la LCR. Depuis, certains ont d’ores et déjà rejoint nos rangs, tandis qu’un dialogue s’est ouvert avec d’autres, qui hésitent encore à le faire. Et d’autres encore se déclarent surtout intéressés par la perspective d’un nouveau parti. Le recensement est en cours et le congrès national de la LCR (fin janvier 2008) permettra de faire le point. Ce sera surtout l’occasion, non de « proclamer » un nouveau parti, mais d’en valider la perspective. Car, à la LCR, ce sont les militants qui, à l’issue d’un débat démocratique sans équivalent ailleurs, décident… et font !

Pour autant, sans attendre, ce projet commence à être débattu – avec tous ceux et toutes celles qui sont intéressés – au cours de réunions publiques, lors de fêtes locales de la LCR ou de rencontres avec des collectifs militants (syndicaux ou associatifs) animés par les mêmes préoccupations que nous. Ainsi, au cours de la dernière semaine, des réunions sur ce sujet ont eu lieu à Bordeaux, à Lyon, à Nanterre, dans les Bouches-du-Rhône, etc. Rouge s’efforce d’ailleurs d’en rendre compte régulièrement, chaque semaine.

Dans de nombreuses localités, comme au niveau national, les élections municipales permettront, là encore, de débattre, parmi d’autres thèmes, de la nécessité d’un nouveau parti, qui soit une référence pour les luttes et les mobilisations. Le processus se poursuivra jusqu’à la fin 2008, au niveau départemental et national, ainsi que dans les différents secteurs d’intervention (jeunesse, quartiers, entreprises). Il s’agit, à travers un travail politique dans la durée, sans perdre de temps mais sans, non plus, forcer les rythmes, d’associer réellement tous ceux qui le veulent, bien au-delà de rangs de la LCR, à la construction d’un nouvel instrument qui soit une création collective dont tous se sentent propriétaires. C’est, certes, une démarche inhabituelle, qui implique de rompre avec pas mal de pratiques routinières. Mais c’est cela qui est à la hauteur des enjeux…

François Duval