L'écologie ?

Quelle politique écologique ?

Que faisons-nous en matière d’écologie ? Nous participons tout d’abord à de nombreuses campagnes et mobilisations collectives, qu’elles soient internationales (campagne Climat contre l’effet de serre…), européennes (contre le réacteur EPR, pour le ferroutage…), nationales (participation au réseau Sortir du nucléaire, lutte contre les OGM…) ou locales (contre la construction d’infrastructures destructrices, pour protéger les écosystèmes…). Des militants de la LCR sont aussi des naturalistes de terrain, actifs dans des associations environnementales ou de protection de la nature. L’engagement écologique est un engagement dans l’action que nous souhaitons permanent et croissant.


Nous pensons aussi qu’il ne suffit pas de multiplier les combats spécifiques. Nous sommes aujourd’hui confrontés à une crise écologique d’origine humaine et à dynamique globale. La question du réchauffement climatique illustre la nature de cette crise et sa gravité ; elle pose avec acuité la question de la gestion sociale des ressources. Cette crise se manifeste aussi sur d’autres terrains : dégradation de l’air, des sols, des eaux ; chute de la biodiversité ; famines et crises sanitaires... Il y a eu, dans l’histoire, de nombreuses crises écologiques d’origine humaine, mais elles restaient locales ou régionales. C’est la première fois qu’elles se combinent et prennent une dimension planétaire.


Il n’est pas difficile de remonter aux sources de la crise présente : l’évolution du marché mondial et du système productif (ainsi que des modèles de consommation qui l’accompagnent) à partir des années 1960 (une évolution rapide qui se manifeste dans le domaine de l’énergie, des transports, de l’agro-industrie, etc.). Il n’est pas non plus difficile de percevoir la logique profonde à l’œuvre dans cet emballement destructeur du système : la logique intime du capitalisme qui produit pour le profit quel qu’en soit le coût social et environnemental — et qui ne produit pas s’il n’espère pas réaliser un profit, même quand il s’agit de répondre à un besoin vital, comme c’est le cas pour des médicaments « non rentables ». La mondialisation capitaliste en cours ne fait qu’aggraver le problème.


Le combat écologique doit s’attaquer à la racine du mal – et notamment à la logique du profit propre au capitalisme. Il doit aussi être mené comme un combat démocratique et populaire, sous peine d’échouer. Sans cela en effet, les réformes écologiques ne seront pas acceptées et les mobilisations ne seront pas assez fortes pour faire plier les lobbies anti-écologiques si puissants dans un pays comme la France : lobbies pétrolier, nucléaire, autoroutier, agro-industriel, chimique et pharmaceutique… Il ne s’agit donc pas d’opposer l’environnemental au social, mais au contraire d’insister sur leur totale interdépendance. Les mêmes logiques productives qui épuisent la terre et bouleversent la biosphère épuisent aussi les travailleurs et imposent leur domination aux consommateurs.


Nous prônons donc une écologie qui s’attaque à la racine du mal ; une écologie démocratique, sociale et populaire. Nous sommes partie prenante du courant international écosocialiste.


Pour une écologie anticapitaliste !

 


Face à l’ampleur de la crise environnementale, il est nécessaire de développer une politique radicalement écologiste. Pour être efficace, celle-ci ne peut qu’être anticapitaliste
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Le capitalisme, c’est la crise ! Après avoir détruit une partie de notre environnement, la folle course au profit menace désormais les équilibres de la planète. Celle-ci traverse une crise écologique sans précédent, due aux conséquences désastreuses d’un système économique et énergétique basé sur les énergies fossiles, le gaspillage, l’utilisation de technologies dangereuses et l’absence de principe de précaution. La pollution et la destruction engendrées par les activités humaines croissent et s’étendent au même rythme que le capitalisme.


Ces crises inédites ne peuvent aller qu’en s’amplifiant : les combattre, c’est remettre en cause le capitalisme. La période, tourmentée et durable, que traverse le cours du pétrole n’est qu’un nouvel exemple d’un système incapable de résoudre ses contradictions. Cette crise pétrolière a des conséquences sur le quotidien de chacun. On ne la résoudra pas par des demi-mesures qui ne pourront qu’atténuer ces conséquences et ne feront que reculer de quelques années l’échéance d’une catastrophe d’ampleur. C’est dès maintenant qu’une alternative à la société pétrolière est indispensable.


Les partis politiques qui défendent ce système et qui, en même temps, prétendent protéger l’environnement sont au mieux inconséquents, au pire hypocrites. L’exercice de tartufferie auquel s’est livré Nicolas Sarkozy lors du Grenelle de l’environnement ne doit pas créer d’illusions quant au vernis vert de ce gouvernement : sitôt les micros des journalistes éteints, les industriels du pétrole, du nucléaire, de l’agrobusiness, les défenseurs du transport routier et des OGM ont repris le pouvoir pour qu’au final, tout continue comme avant. On ne peut pourtant pas lutter contre la prédation des sociétés humaines sur l’environnement si on ne se bat pas contre la prédation de quelques-uns sur tous les autres.


De son côté, la gauche traditionnelle, qui refuse de s’en prendre aux causes profondes des pollutions, n’est pas en capacité de mettre en œuvre un programme réellement écologiste. Quant à la direction des Verts, sa participation croissante aux rouages de la cogestion social libérale lui fait accepter nombre de compromis, y compris en matière environnementale, l’empêchant d’être porteuse d’une écologie radicale.


Axe central


Il y a pourtant urgence, comme le montrent les nombreuses luttes écologistes qui se mènent sur des terrains aussi variés que le nucléaire, les OGM en plein champ, la poursuite des projets autoroutiers, la défense du transport ferré, le maintien d’une agriculture paysanne, le droit à la santé en particulier pour les salariés des industries polluantes, la défense du climat, la préservation de la biodiversité, la défense de services publics respectueux de l’environnement… Mais celles-ci restent souvent locales et isolées. Il s’agit aujourd’hui de les développer et de travailler à leur convergence. Mais cela ne peut suffire. Un parti anticapitaliste digne de ce nom, donc radicalement écologiste, doit rendre perceptible qu’un autre monde est nécessaire et possible, qu’une société débarrassée de la marchandisation et respectueuse des équilibres naturels peut et doit advenir. Ce projet de société nécessite des bouleversements radicaux de nos modes de production, de transports, mais aussi de consommation et de comportement. Cela implique notamment une transformation profonde, et démocratiquement élaborée, de l’appareil productif et énergétique.


Mais cela nécessite aussi d’articuler systématiquement dimension sociale et dimension écologiste. Non content de détruire la planète, le capitalisme rend les pauvres plus pauvres, mais aussi plus vulnérables aux dégradations environnementales. Inégalités sociales et inégalités écologiques se conjuguent de façon accrue, comme le démontrent encore récemment les émeutes de la faim qui ont enflammé nombre de pays du Sud. L’écologie que nous défendons s’inscrit donc dans la perspective de mouvements pour la justice globale et elle ne peut se réduire à une défense frileuse de la nature, considérée comme un corps extérieur au fonctionnement de nos sociétés. Elle doit saisir les mécanismes et identifier les premiers responsables de la dégradation de notre environnement. Car, pas plus que nous sommes égaux face à la crise écologique, nous ne sommes également pas responsables de cette crise.


Questions de santé, d’agriculture, de pollutions quotidiennes, risques de catastrophes climatiques ou nucléaires… tout concourt à faire de l’écologie un axe central d’une politique émancipatrice pour le xxie siècle. Avec tous ceux et toutes celles qui pensent que l’écologie ne peut se satisfaire de repeindre en vert le capitalisme, tous ceux et toutes celles qui veulent conjuguer au présent luttes sociales et luttes écologistes, nous voulons contribuer à une écologie anticapitaliste, aujourd’hui encore tâtonnante, mais qui se trouve confrontée à d’immenses défis qu’il s’agit de relever, dès aujourd’hui.


Vincent Gay





Quatrième Internationale : résolution sur le changement climatique

 

 

Le Comité International de la Quatrième Internationale a approuvé le 3 mars 2008 les points d’orientation généraux élaborés par le séminaire sur le changement climatique organisé par l’IIRE du 22 au 27 février 2008.

1. Les diverses propositions capitalistes mises en débat dans la perspective d’un accord climatique au-delà de 2012 (« paquet climat » de la Commission Européenne pour 2013-2020, rapport Stern, proposition de loi Warner Lieberman aux USA, notamment) sont totalement insuffisantes pour éviter une hausse de la température de surface du globe supérieure au seuil probable de dangerosité (+2°C par rapport à la période pré-industrielle).

2. Nous assistons à un cynisme et une irresponsabilité criminels du système capitaliste et de ses représentants politiques de toutes tendances qui, en dépit d’évidences scientifiques incontournables sur l’accélération du réchauffement et sur ses conséquences, mettent en danger l’existence, la santé, l’alimentation, les ressources en eau et l’emploi de centaines de millions d’êtres humains, causent à la biosphère des dégradations irréversibles et préfèrent recourir à des technologies dangereuses (énergie nucléaire), perverses (production massive d’agrocarburants), ou dérisoires -mais parfois lourdes de conséquences sociales- (puits de carbone) plutôt que mettre en cause la croissance du capital, la course au profit.

3. Nous voyons l’apparition d’un mouvement mondial de lutte pour le climat, concrétisé notamment par les manifestations de décembre 2006 et 2007 à Londres, de juin 2007 dans l’Etat espagnol (« journée du soleil ») et de novembre 2007 en Australie, ainsi que, d’une manière générale, par l’action de la Global Climate Campaign. Cela constitue un exemple à suivre, en particulier dans le cadre des deux années de négociations censées déboucher en décembre 2009 sur un nouveau traité climatique.

4. Nous avons besoin de l’unité d’action la plus large à l’échelle mondiale afin de contraindre par une action de masse les gouvernements à agir au minimum conformément aux trois recommandations du GIEC (1°- les émissions de gaz à effet de serre des pays industrialisés doivent diminuer de 25 à 40% d’ici 2020 ; 2°- les émissions globales doivent culminer dans les 10 à 15 années qui viennent ; 3°- les émissions globales doivent diminuer de 50 à 85% d’ici 2050), dans le respect des droits sociaux et démocratiques ainsi que du droit de toutes et tous à une existence humaine digne de ce nom.

5. Partant du principe de précaution, et compte tenu des marges d’incertitude des projections obtenues à l’aide des modèles scientifiques du climat, il s’impose de caler les objectifs de réduction sur la partie supérieure de la fourchette des recommandations du GIEC, afin de limiter au maximum les dégâts, malheureusement inévitables du fait que le réchauffement est déjà une réalité.

6. Il existe de très nombreux mouvements sociaux qui contribuent à jeter les bases d’une alternative au productivisme capitaliste (en luttant notamment contre l’exploitation pétrolière et gazière, pour le maintien des forêts tropicales, pour les droits des communautés traditionnelles, pour une agriculture organique paysanne, pour une autre politique de déchets privilégiant le recyclage, contre l’expansion débridée du transport routier, maritime et aérien, pour des transports en commun gratuits et de qualité, pour la sobriété énergétique, contre l’industrie nucléaire et d’armement, contre la flexibilité et la précarisation du travail et la croissance du travail à temps partiel, pour une utilisation rationnelle de l’eau – ainsi que l’accès libre à celle-ci comme bien public, qui ne peut pas être privatisé- contre la publicité et la surconsommation, pour un partage non-marchand des technologies et des savoirs). Nous les incitons à s’inscrire explicitement dans la lutte mondiale pour le sauvetage du climat.

7. La lutte en faveur du climat ne peut être gagnée sans participation active des exploités et des opprimés qui constituent l’immense majorité de la population, donc sans intégrer leurs revendications et aspirations sociales légitimes, notamment en matière d’emploi et de protection sociale. Nous plaidons par conséquent pour qu’une attention particulière soit attachée à la participation des organisations ouvrières et paysannes, du mouvement des femmes, des communautés indigènes, des organisations populaires de défense de l’environnement, ainsi que de la jeunesse et des exclus, afin leurs revendications pèsent sur les objectifs et sur les formes d’action.

8. Nous rejetons les recettes capitalistes (marché des droits à polluer, taxes carbone, investissements « propres » générateurs de crédits de carbone, subsides aux entreprises, subordination de la recherche aux intérêts capitalistes, démantèlement des protections sociales et des régulations de toutes sortes…) qui, tant dans le domaine de la lutte contre le changement climatique que dans celui de l’adaptation à ses effets, impliquent inévitablement le renforcement de la domination impérialiste, de la concurrence et de la violence capitalistes ; donc de l’exploitation, de l’oppression, de la concurrence entre travailleurs, de la violation des droits et de la mainmise de la classe dominante sur tout ce qui conditionne la vie.

9. L’énergie nucléaire, pour de nombreuses raisons (en particulier l’absence de solution pour les déchets, le lien avec l’industrie militaire et les risques de prolifération, la faible efficience énergétique, le bilan carbone médiocre à l’échelle d’ensemble de la filière, la centralisation extrême contraire à la décentralisation et à la récupération de la chaleur) ne constitue pas une parade au changement climatique. Nous dénonçons les pressions des lobbies en faveur du développement de cette industrie.

10. Le changement climatique pose une menace nouvelle et accrue de guerres découlant des rivalités interimpérialistes et intercapitalistes pour le contrôle des ressources, notamment des ressources énergétiques fossiles, ainsi que pour la défense de la rente et des autres privilèges y afférant.

11. Nous dénonçons la montée dans certains milieux bourgeois d’une idéologie néo-malthusienne de gestion capitaliste barbare et guerrière de la crise climatique, au détriment des peuples les plus pauvres, des pauvres en général, du monde du travail, des victimes des catastrophes, des candidats à l’émigration, et des femmes en particulier.

12. Nous rejetons également toute tentative d’imputer le changement climatique à la croissance démographique, en particulier celle des pays en développement. Nous rappelons le lien incontestable entre développement et transition démographique et réaffirmons avec force le droit des femmes de décider d’avoir ou non des enfants, droit qui implique que les femmes aient librement accès aux techniques de contrôle des naissances ainsi qu’à l’avortement.

13. Les pays développés doivent répondre positivement à l’offre généreuse et responsable du président équatorien Rafael Correia qui, pour protéger la biodiversité et contribuer à stabiliser la concentration atmosphérique en gaz carbonique, propose de ne pas exploiter un important gisement de pétrole situé dans la forêt tropicale, en échange d’une compensation partielle du manque à gagner pour son pays. Dans ce contexte, nous devons également souligner que les pays industrialisés du Nord doivent assumer leur responsabilité historique pour les catastrophes qui frappent les pays du Sud à cause du changement climatique.

14. Face à la logique capitaliste aggravée par les politiques néolibérales, nous défendons la nécessité d’un plan mondial combinant une révolution énergétique (utilisation économe des ressources, hausse de l’efficience énergétique, abandon des sources énergétiques fossiles au profit des énergies renouvelables – géothermie et solaire sous ses différentes formes-, décentralisation, refonte radicale du système de transports des biens et des personnes,…) et la réalisation des mesures d’adaptation et de reconversion indispensables, indépendamment des coûts et des profit, dans la perspective d’un droit égal de tous les humains à consommer et à émettre du carbone, dans les limites biologiques et physiques de la biosphère.

15. La réalisation d’un tel plan nécessite la rupture avec la logique de la croissance, de la mondialisation et de la consommation capitalistes (suppression de branches d’activités inutiles ou nuisibles telles que l’armement et la publicité, démantèlement du complexe industriel basé sur l’usage des combustibles fossiles avec reconversion des travailleurs et réduction radicale du temps de travail, relocalisation partielle de la production et de la consommation agricoles), la revalorisation du secteur public, la propriété collective des ressources énergétiques, une très ample redistribution des richesses entre pays et entre classes (annulation de la dette du Sud, ponction forte sur les profits du secteur énergétique, prélèvement sur les patrimoines,…) ainsi qu’une implication des masses par des pratiques démocratiques de contrôle.

16. La gauche, y compris la Quatrième Internationale, est gravement en retard sur la question du climat. Par conséquent, nous nous engageons à suivre régulièrement le dossier du climat et de la politique climatique à travers Inprecor et IVP ; pressons les sections d’intégrer cette matière dans leur propagande et leur activité, de participer aux mobilisations, de contribuer partout où c’est possible à la construction d’une mobilisation mondiale pour le climat, ainsi que de faire converger les mouvements sociaux vers cette mobilisation. Nous organiserons un nouveau séminaire sur le changement climatique en février 2010.

17. La crise énergétique/climatique rend encore plus nécessaire une redéfinition très profonde du projet socialiste dans le sens d’un projet global de type écosocialiste (intégrant à la fois la satisfaction des besoins humains réels, démocratiquement déterminés, et la gestion précautionneuse de la biosphère). La formation du réseau écosocialiste international constitue un pas en avant important. 18. Le prochain congrès mondial de l’Internationale examinera un projet de résolution sur la lutte contre le changement climatique, les alternatives programmatiques et leurs implications pour le projet socialiste.

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